Du rap version acoustique

Curieuse de découvrir cette proposition de rap accompagné d’instruments, j’ai décidé d’aller voir le spectacle Oxmo Puccino Trio le 11 mars dernier à Onyx. Quelque peu déçue par la prestation, j’ai cependant constaté que tous n’étaient pas du même avis et que l’artiste est suivi par un public de fidèles.

Je me souvenais de quelques-uns de ses titres les plus connus sortis en 1998, comme Le Mensongeur, L’enfant seul ou encore Mama lova. Le projet actuel proposait un trio dans lequel Oxmo Puccino était accompagné d’un violoncelle (Vincent Segal) et d’une guitare (Edouard Ardan). Je trouvais la proposition intéressante : une belle voix chaude, des textes travaillés et sûrement plus mûrs aujourd’hui, et des instruments en acoustique pour mettre tout cela en valeur. Des interrogations, tout de même : les textes seront-ils vraiment plus matures qu’il y a 17 ans ? Qu’est-ce que l’artiste a à raconter aujourd’hui ? N’est-ce pas un caprice d’ancien rappeur rebelle, aujourd’hui assagi et ayant atteint une notoriété telle qu’il peut prétendre pouvoir se faire accompagner par de « vrais » instruments ? Ce sont aussi à ces questions que j’ai cherché à répondre ce soir-là.

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Un public fidèle

Première surprise en arrivant dans le hall d’Onyx : l’âge du public. 35 ans, en moyenne. Quelques enfants, quelques quinquas, mais surtout des adultes avec une bonne trentaine. Le rappeur ne touche donc plus les jeunes, comme à l’époque. Il semblerait que ce soit plutôt son public qui avait entre 15 et 20 ans à l’époque qui l’ait suivi. Plutôt positif. Cela se confirme lorsque, une fois les spectateurs installés dans la salle, les trois artistes entre en même temps sur scène et que le public leur réserve un tonnerre d’applaudissements. Fidèle et déjà conquis. Deuxième point positif.

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Déception

Le concert alterne anciens tubes et morceaux du dernier album Roi sans carrosse, sorti en 2012. Si les thèmes abordés (la paternité, les femmes, la vie, la mort, l’enfance) sont effectivement vus aujourd’hui à travers le regard d’un homme de quarante ans, les textes n’en sont pas pour autant mieux écrits. Beaucoup de maladresses dans les rimes et dans le rythme, et de fautes de français. De plus, la diction n’est pas toujours très claire et on passe à côté de pas mal de mots. Sans compter les fausses notes quand Oxmo Puccino se prend à fredonner… Un aspect positif et intéressant, tout de même : l’accompagnement par le violoncelle acoustique et la guitare. Contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, le violoncelle s’adapte bien à un texte de rap car il réussit à le rythmer en pinçant ses cordes ou en battant la mesure sur sa caisse de résonance. Son aspect mélodieux met bien en valeur les textes. Dommage que ceux-ci n’aient pas été à la hauteur…
Au bout du compte, je ne regrette pas d’avoir assisté à ce spectacle car j’ai pu découvrir ce qu’était le « hip-hop de chambre » version Oxmo Puccino. J’ai aussi pu constater que ce dernier a un public de fidèles qui l’apprécient beaucoup. Il en faut pour tous les goûts.

Maud Boivin