El Reino, clotûre du festival du film espagnol

Pour sa vingt-neuvième édition, le festival a une nouvelle fois battu des records de fréquentation. Sa riche programmation de films variés a attiré de nombreux spectateurs dans les salles obscures du Katorza. La présence très médiatisée de Javier Bardem a également beaucoup participé à l’affolement des foules : la masterclass du célèbre acteur espagnol a fait salle comble, ainsi que les présentations qu’il a faites de quatre de ses films, très appréciées des nantais.

Alors que la remise des prix battait son plein à l’Opéra Graslin, j’ai assisté à la projection du film qui clôture le festival au cinéma Katorza. Il s’agit de El Reino de Rodrigo Sorogoyen, jeune cinéaste qui s’était déjà fait remarquer au sein du festival nantais l’année passée avec son film coup de poing Que Dios nos Perdone. Avec El Reino, le cinéaste revient avec l’acteur principal de son précédent long-métrage, Antonio de la Torre, au regard glacial et insondable. Mais cette fois-ci le thriller n’est pas policier mais politique.

En effet, El Reino raconte l’histoire de Manuel López-Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu’il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches.

Antonio de la Torre, entouré par de très bons acteurs, tient seul le film puisque nous suivons pendant 2h12 son personnage de Manuel pris dans un engrenage dont il va chercher à se sortir par tous les moyens. Le film est très bavard, mais justement obligatoirement explicatif pour que le spectateur arrive à suivre. De manière général on peut reprocher au long-métrage de traîner un peu à certains moments. Cela dit, le tout est rattrapé par une écriture et une mise en scène énergique et un rythme qui gagne en rapidité et en tension dans sa deuxième partie pour finalement tenir le spectateur en haleine dans les dernières vingt minutes. L’étau se ressert sur le personnage principal, les dangers sont plus que jamais là et on finit par espérer aussi fort que Manuel de la réussite de son entreprise. Enfin la dernière scène est scotchante, grinçante. Elle ne laisse pas indifférent et propose véritablement une prise de position de la part du cinéaste qui montre qu’il veut dénoncer à travers la fiction des travers de la réalité : la politique espagnole, sa corruption, le rôle des médias ou plutôt sa non-implication.

Je ne suis personnellement pas un adepte de ce genre de cinéma politique, d’affaires de corruptions, mais force est de constater que Rodrigo Sorogoyen maîtrise parfaitement son film. L’écriture embarque finalement son spectateur dans la tourmente de son personnage principal, et même ceux qui, comme moi, n’ont pas vraiment réussi à adhérer au début du film, on se retrouve les yeux rivés sur l’écran dans sa dernière partie. La direction d’acteur et le talent des interprètes y est pour beaucoup, la bande-son vive et inquiétante également, et le rythme crescendo du film a un effet très efficace sur son auditoire.
Le film a une réelle fin engagée, qui veut dénoncer et poser question, sans en faire trop. C’est là toute la réussite du long-métrage.

Morgan D.