Emma Bovary vivante et fatale au TNT

Emma Bovary, c’est l’histoire d’une femme de médecin habitant la campagne normande qui rêve d’une destinée plus colorée. Raconté de façon intime, ce monologue nous emmène jusqu’au fond de l’âme du personnage. Voyage dans les mœurs de province du 19e siècle.

Avez-vous entendu parler de Madame Bovary ? C’est un classique de la littérature écrit par Flaubert, à la fin 19e siècle. Il fait surement partie du programme de lycée en Français, mais je ne l’ai pas lu. Néanmoins, je connaissais l’histoire, grâce au film Gemma Bovery, sorti en 2014 et surtout, plus récemment, grâce à l’envolée lyrique de Jean Rochefort pour Les Boloss des Belles Lettres.

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Aussi, en ce mardi d’avril, quand je suis arrivée au Terrain Neutre Théâtre, j’étais prête à recevoir tout ce qu’Emma Bovary avait à donner. Je fus surprise en entrant au TNT d’être la première. Il était tout de même neuf heures moins dix ! Je commande un verre au bar et attends sagement l’ouverture des portes du théâtre. Les gens arrivent par petits groupes. Quand nous rentrons dans la salle, nous sommes une dizaine pour une salle de 50 personnes. L’ambiance est intime, les fauteuils moelleux. Je m’enfonce dedans avec délectation.

Sur scène, une femme, seule. Un projecteur est braqué sur elle et des paravents enguirlandés de petites lumières tamisent la scène. Outre les paravents qui ferment la scène par-derrière, une chaise avec un tissu en soie dorée meuble le décor et des petits objets sont disposés sur le tapis. Mais ce qui capte vraiment l’attention, c’est définitivement l’actrice, Sylvie Adjedj-Reiffers.

Une adaptation à la première personne

Les lumières s’éteignent et tout d’un coup toute mon attention est braquée sur elle. Elle est debout, face au public, devant le pied de micro. « Charles Bovary était médecin à Tostes quand mon père se cassa la jambe. On le fit venir aux Bertaux en pleine nuit malgré les six lieux qui séparent Tostes des Bertaux. »

La voix est fluide, le texte travaillé. Ce n’est évidemment pas le texte de Flaubert (plus de 800 pages dans son intégralité), mais on reconnaît le style et les mots d’un siècle passé. Le regard qui plonge dans nos yeux, l’actrice raconte Charles Bovary : sa femme, son métier, sa situation. Puis elle parle d’elle-même, Emma, jeune fille sortie du couvent des Ursulines qui attend tout de la vie.

Voyage au fond de l’âme d’Emma Bovary

À la mise en scène et sur les planches, Adjedj-Reiffers tire son épingle du jeu. Elle rentre littéralement dans la peau d’Emma Bovary et l’on voit cette femme se démener avec ses envies et ses frustrations. On s’y voit, perché sur un mur de Normandie, à un café de Yonville, spectateur de son jeune mariage, puis de sa déception. Elle parle d’elle, de Charles, puis de Léon qui crée ses premiers émois extraconjugaux. On est avec elle quand elle s’enthousiasme puis retombe dans la déprime. Mais à nouveau c’est du faste, à nouveau la valse des sentiments l’emporte, toujours un peu plus loin. Très loin même.

On est pris dans cette spirale infernale qu’est sa vie, l’attention est retenue sans cesse par des petits éléments : le magnétophone qui s’active, la lettre que l’on ouvre et qu’on lit avec elle. Jamais l’actrice ne s’essouffle, il n’y a pas de blanc. On voit la fin arriver comme dans les tragédies, c’est fatal.

Une incarnation intime du personnage

Le destin d’Emma Bovary est connu, le livre avait créé son petit raffut à sa sortie, mais aujourd’hui cette réalité est bien loin de la nôtre. Pourtant j’ai compris Emma comme une amie qui raconte son histoire autour d’un café. Incarner ce que Flaubert a réussi à peindre comme le portrait des mœurs provinciales d’une femme au 19e siècle, c’est faire revivre des questionnements, un idéalisme qui n’ont pas tant que ça disparu de notre société. S. Adjedj-Reiffers a rendu vivante Emma Bovary. Plus que ça, elle était Emma Bovary.

D’ailleurs, quand les lumières se sont rallumées sous les applaudissements, l’actrice nous a remerciés et demandé quelques minutes avant la rencontre public/artiste. Le temps nécessaire pour elle de « se défaire d’Emma ». Fascinant.

Domitille

Retrouvez Emma Bovary au TNT jusqu’au samedi 2 mai, à 21h