"Enfer !" Un spectacle qui porte mal son nom

Le mardi 3 novembre, la salle Vasse présentait un spectacle un poil’ décalé. Décalé par rapport aux conventions du théâtre, et surtout à l’idée que je m’en faisais !
Tout d’abord, laissons de côté le résumé du spectacle proposé sur le site de la salle Vasse. En le lisant on est à mille lieux d’imaginer ce qui nous attend. Je m’attendais à du théâtre classique ou philosophique, raconté avec des phrases longues et complexes, confectionnées de mille mots dont je ne maîtrise pas l’usage. Ensuite le titre : En enfer ! n’annonçait rien de drôle, une ambiance obscure, triste, torturée peut-être…
Et bien pas du tout !

Le spectacle Enfer ! Joué par les compagnies 36 Eleusis et Science 89 m’a surprise a presque mille reprises. Je suis tout d’abord arrivée en avance à la salle Vasse afin d’être correctement placée dans ce théâtre d’environ 400 places. J’ai été étonnée qu’il n’y ait qu’une trentaine de personne dans le hall à 10 minutes du début du spectacle, alors que celui-ci affichait complet !

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crédit photo : Patrice Forsans

De surprise en surprise ! Jouons avec les codes du théâtre…

Nous sommes rentrés dans la salle, et les surprises ont commencé. Nous avons été invités à nous installer… sur la scène ! Cinquante chaises disposées de façon à créer le plus petit espace scénique possible au milieu des spectateurs pour les acteurs (2,5m x 5m). Cette promiscuité était pour moi très surprenante. Être ainsi installée sur la scène et faire ainsi face aux autres spectateurs, ce ne sont pas les codes habituels du théâtre.

Lorsque chacun était prêt, un long silence s’est installé. Les spectateurs se regardaient, intrigués de savoir si les acteurs étaient parmi nous ? En attendant, on s’observait, on détaillait les éléments de décors posés là, à portée de bras. Une table sur laquelle était disposée un ensemble hétéroclite d’objets dont j’ignorais encore à quelles histoires ils allaient nous mener : une cafetière électrique, une bouteille de whisky, quelques yaourts, des fruits, une radio, des tasses, une boite de Doliprane…

Du théâtre dans le théâtre.

De quoi parle le spectacle ? Il parle d’amour, de haine, il parle de colère, de génie, il parle d’hommes et de femmes qui sont ici ou ailleurs. Il parle de théâtre, de costumes, d’acteurs, de metteurs en scène, d’égos…

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crédit photo : Patrice Forsans

Les deux acteurs jouent durant les 1h10 de spectacle, une série de scénettes, il y a du lien entre elles, parfois, des personnages qui reviennent, des situations aussi. Le public est pris à partie, tendrement, en étant si proche, juste là, il aurait été dommage d’être ignoré.

Les scènes s’enchaînent et les situations aussi, il y fait jour, puis nuit, les acteurs s’interrogent, s’ignorent, parlent à quelqu’un d’absent, ne parlent pas du tout. Il y a une caméra, des costumes, une voix off, des morceaux de musique, ça dégénère parfois, et puis c’est drôle. Vraiment drôle.

J’avais si peur de m’ennuyer, de ne pas comprendre, de rester bête sur mon fauteuil. A la place j’ai ri sur ma chaise. Bien sûr je n’ai pas tout compris, certaines scénettes resteront un mystère pour ce qu’elles apportent à l’ensemble, mais elles me laisseront de chouettes souvenirs.

Je me souviendrai d’un homme sans pantalon, d’un spectateur rangé dans les coulisses, d’une petite fille qui croit en dieu, et de certaines répliques tellement surprenantes « Frottes-toi le torse et bois ton café ! » ; « Tu pues des doigts » et bien d’autres. Je me souviens des spectateurs qui étaient en face de moi, de la voix off qui donnait la réplique, et surtout, je me souviendrai de cette fin si inattendue qui encore une fois bouleverse les codes du théâtre en nous surprenant là où nous ne nous y attendions pas !

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crédit photo : Patrice Forsans

Je n’aurais certainement pas été voir ce spectacle dans un autre contexte, et aujourd’hui je le conseille vivement, c’était un très chouette moment, qui me donne envie de prendre des risques au théâtre.

C’était un très agréable moment. Ce spectacle porte décidément mal son nom !

Johanna