Entre cinéma et musée

A l’heure où l’on peut voir n’importe quel film en streaming, installé dans son canapé ou son lit, finalement j’ai cette liste de classiques que je n’ai jamais vus. Vous savez, comme ces livres qu’on achète et qu’on ne lit pas. Ils sont là, à portés de main, et on se dit qu’on aura le temps un jour, plus tard.
Ce message est pour tous les procrastinateurs (dont je fais partie) : pourquoi remettre ces images, ces histoires et ces émotions à demain, alors que l’on peut les vivre aujourd’hui et s’en nourrir pour les années à venir ?
Le cinéma, c’est ce lieu où l’on peut vibrer en suivant les personnages sur grand écran en taille plus-que-réelle, en version originale, avec la musique qui envahit la salle.

Le Cinématographe, c’est un petit cinéma magique, avec son décor de théâtre, ses balcons, ses dorures, ses rideaux majestueux et ses sièges très moelleux. L’équipe nous accueille toujours avec le sourire. A deux pas de la Cathédrale, des pubs du Bouffay et du Musée d’Arts, on s’y retrouve hors du temps pour assister à des projections uniques.
Ce lieu fonctionne par cycles thématiques, chaque programmation peut représenter une période, une esthétique, un réalisateur... Plusieurs séances sont proposées pour chaque film et souvent il y a des rencontres avec des spécialistes, des cinéastes, des auteurs qui viennent partager leur passion.

De début mars à début avril, avait lieu un cycle particulier nommé « Du Musée d’arts au Cinématographe », symbole de la collaboration entre les deux structures. L’occasion pour moi de voir plein de films et d’aller plusieurs fois au musée, ce qui est loin d’être déplaisant.
J’ai donc fait ma petite sélection, je n’ai pas pu voir autant de films que prévu, peut-être aussi parce que je voulais tout voir ! J’ai sillonné le Musée d’arts à la recherche des œuvres correspondant aux films, comme dans une chasse aux trésors.
D’habitude je me balade salle par salle, en lisant quelques cartels, en allant voir mes tableaux préférés... Je fais la visite à des proches et on finit par dévaliser la librairie en partant (ils font souvent des soldes).

Ce cycle a changé ma perception de ces deux lieux, le Cinématographe et le Musée d’arts, et m’a rappelé les liens fréquents entre les arts, les personnes, les techniques et les idées. Je me suis replongée dans mon passé d’étudiante en Histoire de l’art.
Je me prêterais bien au jeu tous les ans, même si cela me plairait de le faire de manière plus ludique, plus fun et moins cérébrale et de voir plus de diversité d’époques et de styles dans les œuvres choisies.

Mon coup de coeur du cycle, le film "King Kong" de Ernest B. Schoedsack et Merian Cooper - USA, 1933, 1h40 en version originale sous-titrée. L’histoire est drôle et loufoque, avec ce gorille géant en pâte à modeler. La photographie, en noir et blanc, a ce charme de la bobine, ce grain qui manque parfois au numérique. On accorde de l’attention aux détails, aux regards, à la tension entre les personnages et moins au fond sur lequel se déroule l’action.
On plonge aussi dans le récit de l’arrivée d’occidentaux sur une île dans le simple but d’instrumentaliser un être vivant vénéré et respecté dans son environnement naturel et de l’utiliser comme divertissement tel un animal de cirque. Sur ce point et sur beaucoup d’autres, les choses n’ont pas encore tellement changé à notre époque. On peut y voir une évocation aussi de cette colonisation pour le profit au détriment des traditions locales. Les américains sont arrivés en force, armés, pour voler le roi Kong, ils n’ont pas écouté les autochtones, les ont menacés et mis en danger en ouvrant la porte qui menait à la jungle.
C’est aussi le destin d’une femme à qui on donne une opportunité de sortir de la rue car on a besoin de son image, de sa beauté pour un film. Cette femme courageuse rencontrera King Kong, et même s’il l’a enlevée à ses compagnons de voyage, elle s’attache à lui et assiste impuissante à sa mise à mort en haut de la tour New Yorkaise.
Un film beau, puissant, dans une version unique introuvable en ligne et tellement plus intense au cinéma.

L’avantage aussi, c’est que c’est un cinéma à taille humaine avec des curieux et des connaisseurs qui sont ravis de parler des films et d’échanger des anecdotes, des avis et des analyses mais se laissent revenir tranquillement à la réalité dans le calme et la sérénité.
A l’inverse du moment où l’on sort d’un multiplex et que toutes les personnes qui sortent en même temps se sentent obligés de se dire leplusvitepossible s’ils sont aimé le film, ce qu’ils ont pensé. Cela peut vite devenir une page de réseau social de vie réelle avec des likes, des notes, des critiques spontanées laissées à entendre à tous nos voisins de siège.

De quoi me réconcilier avec les sorties cinémas et musées, donc lâcher mon ordinateur, ce que je vais faire juste après avoir publié cet article.
On se rejoint là bas ?

Karine