Eurofonik à Stéréolux

Eurofonik, le festival de musiques des mondes d’Europe, offrait sa 7ème édition du 15 au 23 mars à Nantes et Bouguenais.

Au sein d’une programmation variée et festive, c’est à la soirée de cloture organisée à Stéréolux que j’ai assisté. Les afficionados des danses trad s’y étaient donné rendez-vous et l’ambiance n’a pas tardé à prendre. Les novices ont vite immité les expérimentés pour entrer dans la danse, en farandole pour les danses bretonnes, en ronde pour le cercle circassien ou en couple pour une scottish ou une mazurka.

Quatre formations se sont succédées sur scène offrant à chaque fois, au fil des sonorités, un voyage vers un territoire et l’histoire de ses habitants. "Little big noz et les orchestres à danser du sud-loire" ont ouvert le bal. Cet ensemble d’une centaine de musiciens de tous ages a joué au plus près du public avec une chaleur communicative.
Ensuite les autres groupes sont passés sur scène : "NDiaz" pour une musique bretonne dépaysée, "Ciac Boum" pour une transe poitevine, et "Antonio Castrignano" pour une effervescence italienne.

Une soirée très vivante et festive avec des groupes de qualité. Je déplore cependant que malgré la quarantaine de personnes qui sont montées sur scène, entre les artistes et les techniciens, pas une femme n’était présente.
Où sont les femmes musiciennes ? Quelle est leur place dans le monde des musiques traditionnels ? Quelle est leur place en tant que professionnelle du spectacle ? Cela à interrogé un grand nombre de spectatrices et spectateurs et je pense que la programmation devrait prêter attention à ces questions à l’avenir.

Caroline

DROIT DE RÉPONSE DE LA SALLE

Nous avons souhaité solliciter un droit de réponse, qui permette d’exposer notre point de vue sans la moindre ingérence dans la liberté d’expression des blogueuses et blogueurs.

Tout d’abord, nous adressons nos remerciements pour cet article, qui résume parfaitement l’esprit que nous souhaitions insuffler à cette soirée : un moment convivial, festif, ne faisant pour autant aucune concession sur la qualité artistique des groupes programmés.

La partie sur laquelle nous souhaitons répondre est la conclusion du texte. Nous nous réjouissons de voir que la question de la parité dans le champ du spectacle vivant est abordée. Une évolution des pratiques ne peut se faire sur la seule volonté des professionnels, la vigilance du public est nécessaire et bienvenue. Cependant, concernant Eurofonik en particulier et le travail du Nouveau Pavillon en général, les accusations formulées nous semblent infondées.

Certes, cette soirée de clôture du festival n’a exceptionnellement pas proposé d’artiste femme, une programmation artistique ne se faisant pas exclusivement sur la base de cette préoccupation. Cependant, sur l’intégralité de cette septième édition (qui n’est d’ailleurs pas la plus féminine de l’histoire du festival), nous avons accueilli de nombreuses femmes sur scène. Nous avons notamment produit une création originale, en ouverture de l’édition, comportant 75% de musiciennes, dont la chanteuse italienne Maria Mazzotta, personnalité centrale du projet (seule chanteuse, porteuse d’un répertoire italien ayant fortement marqué la création…). Je pourrais également citer la P’tit Bal des familles, mené par les chanteuses-danseuses Carla Santicchia et Caroline Foulonneau, ou encore les solistes de la nocturne au Château Bryony Griffith (violon et chant), Morgane Le Cuff (harpe et chant) et E’ Jeoung-Ju (joueuse de geomungo, fascinant instrument coréen), etc.
Pour ce qui est de notre travail considéré de façon plus globale, je souhaite rappeler que le propos éditorial de cette saison, au Nouveau Pavillon, affirme l’importance d’une programmation plus attentive à ces questions, jusque dans le visuel, faisant explicitement référence à certains mouvements féministes contemporains, ainsi que dans l’édito, signé par mon prédécesseur.
La programmation prouve cette volonté, mettant en avant de nombreux projets menés par des musiciennes instrumentistes et chanteuses de talent. Au-delà d’une simple question quantitative (nombre de femmes sur le plateau), il s’agit d’ailleurs pour nous de relayer des projets où les artistes ne sont pas cantonné.e.s à des rôles stéréotypés, genrés.

La situation globale n’est pas encore idéale, loin de là et nous en avons conscience. Notre regret porte simplement sur le fait que la programmation d’une seule soirée, dans un festival comportant 8 rendez-vous tout public, serve de base à une présomption de sexisme s’étendant jusqu’aux musiques traditionnelles dans leur ensemble. Nous pouvons pourtant citer de nombreuses initiatives récentes et positives ; à titre d’exemple, la Fédération des Actrices et Acteurs des Musiques et Danses Traditionnelles a nommé récemment, dans son CA, un binôme référent sur la lutte contre les discriminations.

Notre nouvelle programmation, qui sortira au printemps, montrera à nouveau notre souci de diversité, que ce soit sur les questions de parité, mais aussi artistiques, culturelles, géographiques… Je suis certain qu’elle saura vous en convaincre.

Merci de l’attention accordée à notre réponse ; merci également à l’Atelier des Initiatives pour avoir immédiatement accepté que cette réponse puisse être publiée.

Maël Hougron, directeur du Nouveau Pavillon