Expérience classique à travers le Paris des Lumières de l’ONPL

Je ne suis pas « mélomane » lorsqu’il s’agit de musique classique. J’aime m’abandonner au confort des fauteuils des auditoriums et écouter les orchestres exécuter des œuvres qui, pour certaines, évoquent quelques notions acquises pendant mes cours de musiques savantes, lorsque j’étais étudiante. La musique est agréable voire parfois puissante, et j’essaie bien souvent d’en comprendre la structure sans pour autant posséder toute la culture et les clés de compréhension qui font le « mélomane ». Je me suis néanmoins mise au défit de retranscrire mon expérience du répertoire classique interprété par l’Orchestre National des Pays-de-la-Loire.

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Nous sommes mercredi soir. Nous nous dirigeons, mon invité et moi, vers la très belle Cité des Congrès de Nantes pour assister au concert de l’ONPL : « Paris au Siècle des Lumières ». Il s’agit, à travers les œuvres choisies, de démontrer combien le Paris des Lumières s’enrichit d’un répertoire varié et foisonnant. Divers artistes sont à l’origine de cet enrichissement, et notamment Jean-Philippe Rameau dit « compositeur le plus en vue du règne de Louis XV » et au programme de ce soir.

De dehors, une fois la nuit tombée, la galerie de circulation qui entoure le Grand Auditorium de 2000 places s’élève majestueuse. Des ombres y déambulent, mises en relief par l’éclairage de l’espace vitrifié. Nous récupérons nos billets et empruntons cette même galerie pour rejoindre nos sièges en « parterre ». Au programme de ce soir ? Jean-Philippe Rameau : « Arcanthe et Céphise » (8’) ; Wolfgang Amadeus Mozart : « Les Petits Riens » (10’) et « Concerto pour Flûte et Harpe » (25’) ; Rameau, de nouveau, avec « Castor et Pollux – suite » (15’) ; François-Joseph Gossec dit « père » de la symphonie et pourtant peu connu aujourd’hui des amateurs de musique classique : « Symphonie à dix-sept parties » (25’).

La salle se remplie petit à petit du public pendant que la scène voit affluer les musiciens au compte-goutte. Une cacophonie naît des instruments accordés par les membres de l’orchestre. Une fois tous lesdits membres installés, la lumière de la salle s’éteint et la violoniste assise à la droite du Chef d’Orchestre fait son entrée, applaudie. Les musiciens s’assoient et c’est au tour du Chef d’Orchestre, Bruno Procopio, de faire une entrée acclamée. Il se tourne vers son orchestre et le concert commence.

Je maîtrise vaguement les codes de ce genre de concert que je trouve cérémonieux, dans le bon sens du terme. Ils créaient une atmosphère de messe, reflètent sérieux, autorité et virtuosité, et inspirent du respect. Mon voisin ne les maîtrise, quant à lui, pas ou peu. Je lui explique qu’il ne faudra pas applaudir à la fin de l’œuvre jouée, que lorsque le Chef d’Orchestre se retournera.

Les premières œuvres s’enchaînent et, ce qui me frappe, c’est la légèreté du jeu de l’orchestre de ce soir. Paris se fait printanière, heureuse et aérienne. Les cordes dominent et quelques instruments à vent renforcent mon impression, supportés par quelques cuivres et un unique percussionniste. La musique s’arrête, le public applaudie, et l’orchestre quitte la salle. Viennent se placer de nouveaux les « rescapés » qui joueront le « Concerto pour Flûte et Harpe » de Mozart, dont le deuxième mouvement réduit l’orchestre à la section des cordes. La salle s’arrête et arrivent les deux solistes vraisemblablement attendues. Elles portent toutes deux de belles et longues robes, la harpiste en rouge et la flutiste en noir, plus sobre. Le Chef d’Orchestre fait son retour. Je trouve cette partie du concert longue et moins puissante. C’est comme si toute l’âme de l’orchestre avait opéré un transfert vers les deux solistes qui s’approprient l’œuvre brillamment. Il fait ici « figure de toile de fond » ; or j’ai toujours éprouvé moins de plaisir à l’écoute du duo flûte et corde. Le public, lui, est sous le charme et les deux artistes se voient remettre des bouquets de fleurs sous un tonnerre d’applaudissements. Elles nous offrent une dernière écoute en interprétant Ravel à deux, uniquement.

Après une brève pause, la dernière partie du concert débute sur l’entrée de l’orchestre ré-élargie. Je retrouve la légèreté des débuts sur « Castor et Pollux ». L’œuvre de Gossec, quant à elle, se veut plus intense et moins souple, plus violente, et le final est brillant. J’aime lorsque le concert se termine ainsi : lorsque le rythme s’intensifie, que la musique gagne en puissance et se finie en feu d’artifice. La salle approuve bruyamment et le Chef d’Orchestre partage son succès avec ses musiciens qu’il désigne de ses mains. Nous quittons la salle depuis laquelle nous entendons les applaudissements qui s’éternisent. La bruine accompagne notre retour. Peu importe ; un peu de pluie n’est pas cher payé pour une soirée qui m’a ravie.

Par : Zoé Michel