Fassbinder ou les luttes spécifiques

Quelle chance le Cinématographe nous offre en proposant les rétrospectives de réalisateur.rice.s ! Ce fut un privilège de pouvoir (re)découvrir tout ou partie l’œuvre de Rainer Werner Fassbinder qui problématise largement les questions sociales et politiques des années 70 en Allemagne.

L’écho tonne fort entre les images vieilles de 50 ans et la réalité nantaise du mois de mai.
Je parle de cette période où d’un côté de la ville on commémore les émeutes de 68 et de l’autre on se fait gazer, nasser et bombarder lors de manifestations contre les dérives d’un gouvernement omnipotent. Les contestations sont multiples mais on entend parler de convergence des luttes, et qui dit convergence des luttes, dit Fassbinder ! Bien sûr, je ne parle pas des luttes des mecs blancs cis hétéro qui subissent l’oppression d’un système qui pourtant est garant de leurs privilèges et qu’ils ont mis en place pour eux-même. Non, je parle des luttes, dites spécifiques, qui concernent tou.te.s les autres.

A l’instar de Nantes qui semble vouloir le communiquer dans toutes ses manifestations culturelles, Fassbinder donne une voie à la marge mais lui il le fait le pas de côté. Il ne se la joue pas bohème en s’appropriant la culture d’un groupe discriminé. Nantes adore que des jeunes blanc.he.s investissent l’ancienne carrière Miséry avec de belles caravanes bariolées mais vas-y qu’on jarte les punks historiques en camion et les exilé.e.s qui font tâche de l’autre côté de la route. Et vas-y qu’on file plein de thunes pour réhabiliter les anciens abattoirs de Rezé en grand parc de jeux forains de Blancs alors qu’on avait expulsé il a à peine 5 ans un campement de Roms hors de cette friche...

Fassbinder, lui même non-conformiste, met en scène, bouleverse d’esthétisme la cruauté envers les marginaux.les et les absent.e.s du droit commun. Il raconte les forain.e.s, les travailleur.se.s du sexe, les transsexuel.le.s, les exilé.e.s, les handicapé.e.s, les homosexuel.le.s, les femmes. Les récits sont violents et la haine s’articule dans les rapports de domination sadiques. Cette rétrospective m’a littéralement fascinée par son originalité et son authenticité mais plombée par le parallélisme social et politique de ses champs d’images et de nos champs de batailles. L’écho de la répression des exilé.e.s, les détonations sur les terres de la Zad de NDDL que je quitte en fin de combat journalier pour entrer dans la salle rue des Carmélites, regarder les images de celles et ceux qui se (dé)battent pour vivre (différemment).
On lâche rien. Merci Le Cinématographe !

Lucile