FCEN : retour sur la soirée projection d’ouverture

Il y a encore une semaine, ça se bousculait (gentiment) dans les salles de projection de Nantes pour découvrir les nouveaux trésors dénichés par les talentueux programmateurs du Festival du Cinéma espagnol de Nantes (FCEN). Pour le plaisir, retour sur la projection d’ouverture du 28 mars 2018 et la présentation du film El autor du réalisateur espagnol Manuel Martín Cuenca.

Le Festival du Cinéma espagnol de Nantes : 28 ans de succès

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Déjà 8 ans que je connais le festival et 4 ans que je le fréquente de manière assidue. Chaque année, des spectateurs viennent par millier pour former des queues de plusieurs mètres devant le Katorza, l’opéra Graslin ou encore l’Espace Cosmopolis pour découvrir, ou redécouvrir, le cinéma espagnol. Documentaires, courts et longs métrages, ainsi que des concerts agrémentent la programmation de ce festival qui forme un pont entre la culture espagnol des quatre coins du monde et le port de Nantes. Dans le milieu culturel, succès rime avec célébrités et prestigieux partenaires, ça ne vous étonnera donc pas si je vous dis que Rossy de Palma, Emma Suarez et Carlos Saura ont foulé le tapis rouge du FCEN, et que ce dernier est soutenu par le Ministère de la Culture en France et en Espagne. Rappelons que tout cela n’existerait pas sans le talentueux travail de Pilar Martinez-Vasseur, son équipe de professionnels et ses nombreux bénévoles.

Un film qui annonce le thème du festival : "rire et délire dans le cinéma espagnol"

Sans étonnement la salle est comble. L’ambiance est joyeuse. Les habitués ont attendu l’évènement tout l’hiver, les beaux jours ce sont installés et il est l’heure de déballer les cadeaux. Après les discours de circonstance et l’intervention pleine d’humour du réalisateur, place au film ! Alvaró (Javier Gutiérrez), employé d’une étude de notaire qui vit dans l’ombre d’une épouse écrivain à succès, nourrit secrètement l’espoir d’écrire lui aussi des livres. En pleine instance de divorce et après une subite perte de son emploi, l’occasion se présente enfin à Alvaró. Malheureusement, la vie ne lui a fait don ni du talent, ni de l’imagination nécessaire à l’écriture d’un roman. Poussé par un professeur d’écriture aux mœurs pas très catholique, interprété par Antonio de la Torre, il apprend rapidement à nourrir la fiction de la réalité qui l’entoure.

La manipulation pour venir à bout de la page blanche

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J’ai trouvé que l’angoisse de la page blanche, qui naît rapidement chez Alvaró, était omniprésente dans le film. En effet, au-delà de scènes concrètes montrant le personnage seul face à l’écran vierge d’un ordinateur, mains suspendues au dessus du clavier ou bien adossé au mur la tête entre les mains, je décelais cette angoisse aussi dans la nudité des murs blancs et le vide des pièces de son appartement. Alvaró ne possède qu’un bureau, un ordinateur et un lit qui, si je me souviens bien, sont tous blancs. Sachant aussi que l’écrivain termine en prison, habillé de vêtements totalement blancs. J’ai vraiment apprécié ces détails esthétiques posés par le réalisateur sans hasard dans le décor du film.

Je suis tombée sous le charme de cette comédie humaine qui montre comment un homme, persuadé d’être un écrivain dans l’âme, va se retrouver à manipuler son voisinage pour remplir de mots cette page blanche qui lui fait tant peur. Et je pense, que de manière plus générale, El autor nous invite à nous rendre compte jusqu’où, parfois, les gens, aveuglés par leur égo, peuvent aller pour réaliser leur rêve. La manipulation, finalement, il n’y a pas que les politiques qui l’utilisent. N’importe qui, dans la vie de tous les jours, peut l’utiliser pour arriver à ses fins. Afin d’agrémenter son livre et pour lui soutirer des informations sur les habitants de son immeuble, Alvaró fait croire à sa voisine qu’il a des sentiments pour elle. Il ment à ses voisins de palier et s’immisce dans leurs histoires de couple, provocant des disputes dont il se sert pour son histoire. Et va jusqu’à inciter le jeune couple à tuer le voisin du dessus pour lui voler son argent. La subtilité du film, c’est que tout n’est que sous-entendus, lecture à double sens et second degré. Le spectateur peut se rendre compte que de simples faits, de simples mots, associés à des facteurs particuliers, peuvent entraîner des évènements qui nous dépassent.

Pour finir, je dirais qu’El autor dénonce la stupidité des gens égocentrés et rappelle la facilité avec laquelle l’être humain peut basculer du côté obscur. Je vous conseille vivement ce film au sujet qui mérite réflexion !

Marion F