Frida Kahlo, esquisse de ma vie

J’avais hâte d’aller voir cette pièce sur Frida Kahlo au Théâtre de Poche Graslin. Parce que j’allais la partager avec ma plus proche amie, qui a voué une admiration et une fascination pour cette artiste pendant des années. Parce que c’est elle qui m’a fait découvrir sa peinture, sa vie digne d’un roman de Zola. Parce que j’aime l’intimité de ce théâtre de poche.

Oui, mais, je suis sortie un peu mitigée de la pièce.

Parlons d’abord de ce qui m’a plu. Moi qui suis très sensible aux mises en scène, c’est l’élément que j’ai préféré dans la pièce. Sur scène, pour seul décor, un lit est posé à la verticale, face au public. De chaque côté, en l’air, accrochées au lit, se trouvent deux petites tables de chevet avec des tiroirs. Sous le lit est cachée une bouteille de vodka ou de tequila. Ce lit, qui occupe presque tout l’espace scénique, prend de la place. Il est bien plus qu’un élément du décor, il est comme un personnage de la pièce tant il fait corps avec la comédienne. Par moments, il la "mange" presque tant ce décor est imposant et fascinant. Sur la couverture sont projetés des images d’archives de Frida, de Diego Rivera, son grand amour, des peintures, des dessins, ce qui donne une jolie esthétique à ce lit, mouvant au gré des humeurs et des événements de la vie de Frida.

Autour d’eux, un musicien est là, grimé en squelette, il est la personnification de la mort qui nous rappelle évidemment la fête des morts célébrée au Mexique. Il fait des apparitions, parfois au-dessus du lit, parfois à côté, tout en jouant de la guitare et une sorte de flûte. Bien que les musiques et les chants soient agréables, j’ai trouvé qu’il n’avait pas assez de poids, de présence, et que c’était un peu caricatural de représenter la mort par ce musicien. Qu’apporte-t-il si ce n’est d’effleurer cette relation amour-haine que Frida a pu vivre avec la mort tout au long de sa vie ?

Le jeu de la comédienne et auteure du texte, Nadia Larbiouene, ne m’a pas paru crédible, sans relief, et un peu caricatural sur le personnage de Frida Kahlo. L’artiste mexicaine n’est vue qu’à travers ses blessures, son accident, sa souffrance permanente, son corps blessé, comme une victime qui ne fait que subir, alitée, immobile. Certes, Frida Kahlo a souffert toute sa vie, physiquement et moralement, mais elle était plus complexe que ça, comme sa vie. Oui elle a vécu des drames mais elle était aussi une femme avec un fort tempérament, elle a lutté toute sa vie pour ne pas être victime et otage de son corps. Elle avait aussi un côté sombre, certains parlent même de troubles psychiques, des démons qui l’habitaient. On ne voit qu’une partie de Frida, la partie que l’on connaît, les événements marquants de sa vie, moins son intimité, sa dualité, sa complexité.

Ce qui m’a manqué, c’est le mouvement. La pièce est trop figée, on a envie de voir la comédienne marcher, avoir une gestuelle qui aurait peut-être permis de donner du mouvement au texte. Tout au long de la pièce, j’avais envie de voir la comédienne sortir du lit, se lever, se libérer de cette immobilité et de cette linéarité.

La construction de la pièce qui raconte sa vie dans l’ordre chronologique la rend monotone, surtout pour les spectateurs qui connaissent bien la vie de Frida, ce qui m’a fait décrocher à certains moments. 

Je conseille cette pièce à celles et ceux qui ne connaîtraient pas ou peu la vie de Frida et qui auraient envie de la découvrir autrement qu’à travers un livre ou un film. 

L’exercice est complexe et malgré quelques déceptions, la pièce mérite d’être découverte, ne serait-ce que pour la jolie mise en scène qui nous emmène au Mexique.

Anaïs