Fuck America, ou « l’American Dream » qui se transforme en errance.

Ce qui me reste de la pièce du Théâtre du Rictus quelques jours après l’avoir vue, c’est surtout la mise en scène, la beauté et l’esthétisme des images projetées sur un mur qui est aussi un élément décor, modulable. Impossible de ne pas voir les fortes influences cinématographiques et photographiques dans cette mise en scène travaillée. Chaque image projetée rappelle un tableau, et apporte une ambiance spécifique.

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© Théâtre du Rictus

Le décor est assez simple mais bien pensé, comme ce « mur » où sont projetées les images, qui évolue en fonction des scènes.
Ce que j’ai trouvé un peu plus décevant, c’est que le travail important de la mise en scène l’emporte sur le fond de la pièce.
C’est l’histoire d’un homme juif qui a survécu aux ghettos nazis et qui finit par immigrer aux Etats-Unis, pensant qu’il trouverait bonheur et richesse, et qui va très vite déchanter, sombrer dans l’errance, tout en rêvant d’être écrivain.
Je trouve que le sujet de l’exil n’a pas été assez « creusé », je m’attendais à plus de liens avec l’actualité, et l’histoire de Bronski devient très vite redondante. C’est toujours la même chose : il va de petit boulot en petit boulot, n’étant pas un travailleur acharné, il se laisse porter par la vie en dilettante, puis il va commencer l’écriture de son roman, mais ça reste toujours la même chose.
Heureusement, les cinq comédiens talentueux et drôles apportent de la fantaisie et du dynamisme au milieu de ces moments de latence.
J’ai particulièrement apprécié les différents rôles joués par Laurence Huby, convaincante aussi bien en psy qu’en bourgeoise en passant par la prostituée et les personnages décalés de Yann Josso, très drôle.
Le fait que la conscience du personnage principal, Bronski, se dédouble et soit personnifiée par un autre comédien est aussi intéressant, apportant des moments comiques.

Pour conclure, je conseille quand même d’aller découvrir Fuck America pour sa mise en scène et le jeu des comédiens, qui donnent envie d’aller voir les autres créations du Théâtre du Rictus.

Anaïs