Gerro, Minos & Him, le spectacle qu’on adore... ou qu’on déteste

Un spectacle de danse sans musique et (presque) sans vêtements, c’est le pari risqué qu’ont choisi de faire Aloun Marchal, Simon Tanguy et Roger Sala Reyner. Pendant près d’une heure, les spectateurs de la salle Onyx à Saint-Herblain ont eu l’occasion d’assister à cette forme novatrice de danse contemporaine. Passé la surprise de la quasi-nudité nudité des danseurs, qui s’oublie rapidement au fil du spectacle, le spectateur se trouve interpellé par la force des sentiments que transmettent les trois hommes, qu’il faut imaginer enfermés dans une pièce et cherchant à tuer le temps. Les trois danseurs proposent une réflexion sur les thématiques de l’amour, la haine, la peur, les relations humaines. Il en ressort une certaine bestialité, mais également une évidente fragilité. Tout au long de la chorégraphie, les danseurs évoluent au seul rythme de leurs corps et de bruits émis à partir des pas, des chutes, des cris.

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crédit photo : www.simontanguy.com

Le spectacle commence timidement. Les trois danseurs se retrouvent dans une salle totalement vide, enfermés. L’espace scénique n’est alors que très peu utilisé, le spectateur ressent l’incompréhension, le désarroi de ces hommes jetés là. Peu à peu, l’inconnu devient connu, la peur se dissipe et les danseurs se mouvent de plus au plus en occupant la totalité de l’espace. Le public se détend peu à peu également, s’autorisant même des moments de rire face à certains gestes burlesque emprunts d’une indéniable théâtralité – la danse n’est en effet pas la seule facette de l’œuvre de Simon, Roger et Aloun. Quand les lumières de la salle se rallument, la plupart des spectateurs partent sans tarder. Pour les quelques personnes restantes, Onyx propose un échange autour du spectacle avec les danseurs eux-mêmes. On apprend alors que l’on vient d’assister à la cinquantième représentation de Gerro, Minos & Him. Parmi elles, une à Beyrouth. Dans mon esprit, l’opposition se fait immédiatement entre la capitale libanaise et le côté très décomplexé de l’œuvre. « Au début, c’était chaud, nous confie Aloun Marchal. Certains spectateurs ont même quitté la salle. Mais finalement, ça a pris ». Un exemple qui nous montre que l’art et la culture n’ont pas de frontières.

Et l’art, justement ? Peut-on parler d’une œuvre artistique ? Aujourd’hui, de multiples conceptions de ce qu’on appelle vastement l’art s’affrontent. Pour moi, une œuvre doit dégager un message fort sans méconnaître un certain esthétisme, primordial à mon sens. J’ai été déçue de voir que cet aspect n’avait pas été traité par les trois danseurs, mis à part quelques prouesses techniques qui rappellent leur formation de l’école de chorégraphie d’Amsterdam. Bien que le spectacle dégage une analyse des rapports humains intéressante, son côté très contemporain et finalement très (trop ?) abstrait - mouvements décousus, absence totale de musique m’ont laissé plus que perplexe. Le spectacle est à l’image du titre : énigmatique et déconcertant.

Cassandre