Grandeur et décadence

Un cycle « Ennio Morricone » au Cinématographe : et bien pourquoi pas, me suis-je dit en ce début d’été ! L’occasion pour moi de combler l’un des trous béants de ma culture générale.
En effet, le Cinématographe, je n’en connaissais que la façade ; quant à Ennio Morricone, j’en avais goûté un morceau grâce à mon enthousiaste prof de solfège, mais c’est tout…

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Un menu alléchant

Grandeur des lieux

Une chapelle transformée en cinéma, à proximité du château de Nantes et du bar le Chien stupide, les premières impressions sont plutôt favorables. A l’entrée, les gens sont sympas, le décor est rétro et chaleureux et les pierres de la chapelle se marient à merveille avec les sièges rouges du cinéma.
Ici, pas de stand pop-corn mais une cafetière comme à la maison avec du café gratos ; les tickets sont pas chers et l’écran nous épargne les 20 minutes de pub qu’infligent les autres salles.
Bref, on se réjouit qu’un tel lieu existe encore et trouve son public – parce que oui, il y a du monde au Cinématographe !

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Avant l’extinction des feux

Chute des héros

Parmi la longue liste des films du cycle, un picorage s’impose… Pour ma part, j’ai opté pour Le Désert des Tartares de Valerio Zurlini, Il était une fois en Amérique de Sergio Leone, et La Dame aux camélias de Mauro Boligni. Chacun d’eux nous présente un héros qui se rétame violemment.
Le désert des Tartares, c’est la loose de Drogo. Ce jeune militaire plein de rêves de gloire se voit nommé à Bastiani, un fort au milieu de nulle part entre une ville abandonnée et un désert à perte de vue. Le vent entêtant siffle sur les murailles tandis que les murs s’effritent et bouffent les poumons de Drogo. Une attraction étrange l’empêche de quitter les lieux ; le temps file, Drogo vieillit et devient malade ; et pourtant, le grand jour arrive, mais pour Drogo, il est trop tard. Une histoire d’ambition, de rêve de gloire et d’amitié trahie, à la hauteur de mon souvenir du roman de Buzzati, que j’avais étudié il y a quelques années à la fac.

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La quête de gloire dans le désert

Puis Sergio Leone déroule ses 4h11 de film de gangster. Et malgré la longueur et le thème du film bien étranger à mes goûts habituels, je vois à peine le temps passer… Cette fois-ci, c’est Noodles qui se vautre : enfant pauvre à New York, il bidouille avec ses potes pour se faire de l’argent. Devenus adultes, ces jeunes hommes passent aux choses sérieuses et jouent avec les grands truands. Le passé se reconstitue peu à peu sous nos yeux, nous laissant comprendre comment Noodles se fait avoir par son meilleur ami, Max. La petite musique lancinante du souvenir rythme le tout et donne au film une douce atmosphère mélancolique.
Quant à La Dame aux camélias, c’est cette fois-ci une certaine Alphonsine qui veut croquer la vie à pleines dents dans le Paris du XIXe siècle. Issue du peuple, elle doit d’abord se prostituer puis se faire entretenir par de vieux et riches messieurs pour goûter au luxe auquel elle aspire. Mais tout comme Drogo, la maladie finit par avoir le dernier mot sur sa soif de grandeur.

Moralité : bah justement, pas facile de conclure. Qu’ils passent à côté de leur vie ou qu’ils s’y jettent, nos héros finissent dans le mur – mais ils nous offrent de beaux moments de cinéma, au son des créations du talentueux Ennio Morricone.

Quant aux femmes…

Bon, les filles, on va pas se mentir, c’est nous qui prenons le plus cher. Dans Le Désert des Tartares, les deux seules femmes qui apparaissent sont les faire-valoir de Drogo  : sa mère et sa petite-amie, suffisamment belle et naïve pour rassurer le spectateur sur la virilité du personnage. Puis assez joué, elles disparaissent de la scène après cette brève introduction.
Chez Sergio Leone, les femmes bourdonnent autour de la grandeur de ces messieurs pour lesquels elles ne sont qu’une distraction comme une autre. Alors certes, il y a l’inaccessible Deborah, le grand amour perdu de Noodles. Son amour est d’ailleurs si grand qu’il la viole au passage à l’arrière d’une voiture ; mais bon, hein, Noodles est un vrai mec qui a du mal avec les sentiments… D’ailleurs le frère de la jeune femme ne lui en tient aucunement rigueur – on va quand même pas se brouiller pour une histoire de gonzesse !
Quant à Isabelle Huppert, elle se donne du mal, mais ne peut user que de la seule arme dont elle dispose : ses fesses.
Mais rassurons-nous, tout ça, c’est du passé : rendez-vous compte, ces films datent d’une trentaine d’années et les époques décrites sont encore plus anciennes. Le monde bouge, et vite ! Depuis une découverte fondamentale a vu le jour : les femmes ont autre chose que leur popotin à proposer à la marche du monde.

Fibre féministe mise à part, on passe ici de très bons moments de cinéma, dans un cadre au top avec des films qui dépotent – disons-le : le Cinématographe, c’est la classe !

Lien site web
http://www.lecinematographe.com/