Gustav Mahler "Résurrection" : un concentré d’émotions

Mercredi 27 février 2019, je me rends pour la première fois à l’auditorium de la cité des congrès, grand théâtre à l’Italienne, contemporain, de près de deux mille places. Je m’apprête à écouter et à voir la deuxième symphonie de Mahler, célèbre compositeur et chef d’orchestre autrichien du dix-neuvième siècle.
Jusqu’à cet instant je n’avais assisté qu’à des représentations de divers concertos pour piano ou violons, il était donc grand temps que je me plonge dans l’univers d’une œuvre symphonique.
Celle-ci, intitulée « Résurrection », fut écrite pendant six longues années avant d’être jouée pour la première fois en 1895 à Berlin. S’inscrivant dans un post romantisme assumée elle fut largement critiquée par les grands noms de l’époque. Pour autant, la première représentation dirigée par Mahler lui-même, fut très appréciée du public. Aujourd’hui, cent vingt-quatre ans plus tard, l’orchestre des Pays de la Loire, nous refait vivre l’histoire de ce grand compositeur.

Place à la musique.

Les différents mouvements me plongent dans un monde dominé par la souffrance et l’interrogation. Une tristesse lancinante est appuyée par le jeu des cuivres et notamment des cors qui pour mon plus grand intérêt me fait ressentir une profonde nostalgie. Cette émotion loin d’être négative s’accompagne d’empathie et d’amour et me permet de prendre totalement conscience du vivant.
La formidable puissance des timbales accentue le drame et me donne une impression de jugement dernier, je les sens résonner jusqu’au fond de mon être et étrangement une telle intensité vibratoire me libère d’un poids.
L’œuvre est également ponctuée d’envolées joyeuses et de passage d’une douceur innocente presque enfantine, les souvenirs d’une vie passée s’offrent à moi. Mais la question de la mort n’est jamais loin et chaque fois la symphonie reprend sa dimension tragique.
Mahler, à travers une palette de son d’une grande richesse, m’emmène dans ce qui semble être la transcription sonore d’une vie humaine, avec tout ce que cela comporte de joie et de peine.
Je ressens tout de même que la trame de fond de cette symphonie est finalement l’espoir. Je la vois subtilement apparaitre à différents endroits et selon moi elle prend tout son sens et toute sa force dans les chœurs du final qui lui donne une dimension quasi mystique. Je pense, à ce moment-là, pouvoir parler de foi. Le titre de l’œuvre « Résurrection » donne d’ailleurs le ton.
J’aime alors à croire que sa propre symphonie est permise quelques années plus tard, à Mahler, de trouver réconfort et réponse face aux tragiques évènements qui allaient marquer la fin de sa vie.
Outre un spectacle sonore absolument bouleversant, je constate avec joie que le visuel et l’instantanéité de la musique ont également une place primordiale dans l’appréhension de l’œuvre. Mahler a décidé d’utiliser tous les outils à sa disposition en mettant en place un orchestre et des chœurs quasi démesurés qui peinent à tous tenir sur la scène de l’auditorium. Leur promiscuité ne semble en rien compromettre leurs talents. Le jeu des musiciens impressionnant et digne d’une prouesse sportive ainsi que la fougue du chef d’orchestre participent à me plonger dans un univers émotionnel complexe qui me lie à eux. Je vis la musique à leurs côtés. Je suis attentivement tous les gestes minutieux de ces artistes qui apparaissent finalement comme la frontière entre le physique et le métaphysique. Chaque action de leurs parts donne naissance à une note qui misent bout à bout me fait glisser dans un monde sans limites.
La possibilité de voir l’orchestre jouer sur scène donne un véritable sens à cette symphonie. Elle la replace dans une dimension humaine. Que ce soit au niveau de la composition, de l’interprétation du chef d’orchestre ou du jeu des musiciens, la musique émane de l’Homme. Il est créateur et vecteur de son art.

« Résurrection » m’apparaît comme assez sombre. Mais la gaité n’est qu’une infime partie de la palette d’émotions humaines et une infime partie de l’extrême richesse du langage émotionnel que nous offre la musique classique. C’est pourquoi une telle œuvre non seulement m’émeus mais m’intéresse au plus haut point afin de cerner le monde dans sa dimension holistique. Et je dois dire que jamais une musique ne m’a tant bouleversée.
Ma première expérience symphonique se révèle être une véritable réussite. Et je ne pense pas m’avancer en affirmant que ce souvenir m’accompagnera toute ma vie.

J’encourage très sincèrement à vivre l’aventure ! Il n’y a plus de représentation de « Résurrection » pour le moment mais l’ONPL (Orchestre national des Pays de la Loire) propose un large programme varié dans lequel chacun y trouvera son compte. Je vous invite à visiter leur site internet très bien fait où vous pourrez trouver toutes les informations nécessaires à une sortie réussie.
Lien : https://onpl.fr/

Jean