Haendel en Italie, musique sacrée

Ce vendredi 3 Avril 2015, en l’église Saint-André de Rezé se produisait l’ensemble Rosasolis. Une soirée toute entière dédiée au compositeur Georg Friedrich Haendel et plus particulièrement à sa période italienne.

C’est durant ses voyages à Florence puis à Rome, que le jeune compositeur âgé alors de 25 ans composa une série de motets et de sonates qui constituèrent la base du programme de ce concert.
Ce qui frappe d’emblée, et peut être encore plus lorsque l’on fait partie de cette génération pour laquelle le son sort quasi-spontanément d’enceintes, de casques ou encore d’ordinateurs, c’est l’absence de ces éléments sur scène ou dans la salle au profit d’autres, pas moins sonores. Sur scène, deux violons, un violoncelle, un orgue et un clavecin, parfois accompagnés d’une soprano. Une musique à l’épreuve du temps qui nous demande de l’oreille et de l’œil, les concerts étant l’occasion de regarder autant que d’écouter.

Au premier coup d’œil on notera dans l’église l’absence presque totale de jeune public ou plutôt on insistera sur la présence massive d’un public venu seul, en couple ou en famille apprécier l’ensemble Rosasolis autant que la musique qu’il propose.
Avant de jouer, les musiciens accorderont devant nous leurs instruments à la note juste, comme pour nous dire que rien n’est encore joué mais surtout, que tout reste à faire. Et ces instants où l’art d’être précis rejoint l’air de ne pas y toucher, l’ensemble Rosasolis les manie à merveille, faisant de l’amitié qui les lie et de l’amour pour la musique baroque qui les anime, une véritable conversation avec son auditoire. Comme lorsque au second rappel Magali Léger, la soprano décida d’entamer un dernier air de musique. Le violoncelliste Nicolas Crnjanski se retrouva perdu dans ses partitions, cherchant la bonne parmi une soixante présentes sur son pupitre. Magali Léger lui proposa alors, non sans humour, son aide pour la retrouver, nous faisant ainsi partager leur recherche et son état d’avancement. D’un événement presque anodin devenons-nous le complice, le spectateur heureux lorsque la partition est retrouvée. Pendant presque deux heures, c’est avec beaucoup de cette modestie et de cette précision que l’ensemble Rosasolis parvient ainsi à s’adresser à chacun, faisant d’une oreille novice comme la mienne, un auditeur conquit. Les applaudissements nourris de ce début de nuit m’ont confirmé qu’entre experts de motets et adeptes du casque filaire, il n’y a parfois qu’un pas, un banc, une note, un ensemble. Rosasolis réussit à tendre entre lui-même et son public, entre Haendel et l’Italie, entre la musique et le son, un lien sincère et chaleureux, faisant de nous un voyageur privilégié et éveillé.

Florian Guillot