Hamlet : un héros moderne qui traverse le temps !

Hamlet peut-il être un super-héros moderne ?

Ceci semble être l’un des défis de La cordonnerie, compagnie composée de quatre comédiens et musiciens qui ont réalisé un ciné concert original et déjanté qui peut fasciner les plus jeunes comme les plus grands. La salle du Grand T est pleine : groupes de scolaires prêts à rire et applaudir se mélangent à un public très varié d’adultes de tous les âges.

Je donne un premier regard sur la scène : sur l’avant scène une enseigne éclairé d’une belle lumière bleu annonce le titre : (Super)-Hamlet ; plus loin un parapluie aux rayons blancs et bleus est posé au sol, la porte d’une armoire, une pellicule 16mm, des timbales, une batterie, un piano et des étranges machines de bruitage composent le décor.

La Cordonnerie suit la ligne principale de l’histoire originale shakespearienne (tiré des Contes d’après Shakespeare de Charles et Mary Lamb) tout en la détournant. L’histoire se passe bien au Danemark mais il ne reste pas grand chose de l’époque de Shakespeare car les personnages sont plongés en pleine ambiance de guerre froide dans les années 50. Hamlet, après la mort de son père, se retrouve seul face au monde, s’enferme dans un palais en ruine, où il se confronte avec la folie et prépare la vengeance de son père. Comme un vrai super héros il prépare son costume pour cacher son identité : le reste du monde ne peut pas comprendre son secret ! Sa mission est de venger son père qui a été tué par son oncle et rétablir une morale dans le royaume. Mais derrière tout cela se cache le parcours d’un enfant qui lutte pour franchir le difficile passage à l’âge adulte.

La magie de la mise abîme

Tout le spectacle se joue sur la mise en abîme, la réalité et la fiction se mélangent à plusieurs reprises à travers différents médiums. Comme dans un film muet, la fiction des images projetées, préparées au préalable, se mêle à la réalité du plateau où les voix, les bruits et la musique sont réalisés en direct. Dès la première image projetée sur l’écran, une magie spéciale s’installe immédiatement dans la salle.

Tout commence avec la vision d’une vague au bord de la mer dont le bruit est produit par le comédien, bruiteur et metteur en scène, Samuel Hercule qui agite doucement un parapluie après l’avoir rempli de coquillettes. Le film commence, Samuel Hercule pousse sur la scène un bureau à roulette sur lequel est assise la comédienne et bruiteuse Métilde Weyergans. Samuel Hercule et Métilde Weyergans doublent en direct les images du film ; Timothée Jolly au piano et Florie Perraud aux percussions jouent la bande son du film.

Tout est réalisé avec une précision minutieuse et entraînante, les bruits fascinent par l’originalité des matériaux artisanaux qui reproduisent des sons tout à fait vraisemblables (la porte d’une armoire installée sur le plateau reproduit les claquement de portes, le bruit d’une pellicule 16mm devient celui des pas des personnages, des fourchettes et des couteaux pour les éclats des épées etc.). Et puis cette précision se retrouve sur le final. Le spectacle se termine avec une tournure cyclique, la vague au bruit de coquillettes du début revient, les acteurs regardent le film, les spectateurs regardent les acteurs qui regardent le film et voilà tout le monde pris dans la mise en abîme moderne (le concert dans le film, le film dans le théâtre, le théâtre dans la vie, la vie dans le théâtre) qui aurait sûrement plu aussi à Shakespeare.

Manuela Biclungo