Huis clos aux effluves alcoolisés

Vendredi soir, rendez vous au TNT pour un spectacle "le bleu de l’eau de vie", un huis clos entre deux hommes, amis depuis l’enfance, qui entretiennent une relation ambiguë. Un à la personnalité solitaire et un autre beaucoup plus raisonnable qui essaye de lui ouvrir les yeux sur sa déchéance.

"Nous sommes entre nous"

Une fois assise sur le fauteuil rouge du TNT, je jette un regard circulaire dans le public. Le huis clos n’est pas seulement sur scène, il est aussi dans l’assistance, nous serons sept spectateurs ce soir. Dommage pour les acteurs !
La scène débute sur un homme en train de dormir dans son lit. Quelqu’un frappe à la porte, c’est un autre homme, ami du premier. Il commence par échanger des banalités. Et l’on comprend rapidement que nous avons affaire à une personne en perte de vitesse et à son ami qui essaye de le remettre sur le droit chemin.

"Entre nous ?"

L’un qui penche dangereusement vers l’alcoolisme et son ami essayant de lui faire prendre conscience de son problème. Comment lui faire comprendre ? Il parlent des femmes qu’ils ont en commun : l’ex-femme de l’alcoolique, la sœur de celui-ci, et la voisine de ce dernier (réconfortant certains des chagrins de l’homme aviné).
Toutes ces femmes sont des prétextes pour appuyer l’argumentaire de l’homme raisonnable. Il s’appuie sur leurs témoignages pour lui faire admettre son problème.
Ils sont deux sur scène mais plusieurs dans l’imaginaire, hantés par ses figures féminines.

"Voulez vous vous taire ?"

Le raisonnable explique à l’homme alcoolique qu’il appelle son ex-femme toutes les nuits à des heures tardives pour l’insulter et qu’il aurait même agressé sa sœur hier soir. L’ivrogne nie, non ce n’est pas lui, il a sûrement un sosie en ville, il ne peut avoir fait ça...
Et comme son ami le met au pied du mur... et lui, le raisonnable, qui est il pour lui donner des leçons ? Depuis qu’ils se connaissent, il ne fait que vivre dans son ombre et aujourd’hui il n’a rien accompli d’extraordinaire à ce qu’il sache. Il n’est qu’un vulgaire secrétaire de rédaction, n’ayant jamais vécu réellement.
Le buveur ne veut rien entendre et non il n’ira pas en cure !

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"En enfer !"

La tension monte plusieurs fois entre les deux hommes, ils s’empoignent, se repoussent et se frappent même. La violence des mots et des maux devient de plus en plus forte et la tension est palpable.
Après plusieurs tentatives de lui faire prendre conscience de son état d’alcoolisme, l’ami raisonné lui apporte une preuve sonore de ses appels nocturnes injurieux envers son ex femme. Il lui laisse une cassette pour qu’il l’écoute seul et se retrouve confronté à lui même. La pièce se finit sur cet entre fait.

"Le bourreau, c’est chacun de nous, pour les deux autres"

Après réflexion et à la fin du spectacle, on se rend compte que le mal n’est pas forcément où on le croit. Dans leur histoire d’amitié, les deux seront tour à tour victime et bourreau. Ils entretiennent une relation ambiguë, ayant besoin de se défouler l’un sur l’autre et en même temps ayant besoin de se voir. Une relation d’amitié complexe... interprétée de manière assez magistrale par les deux comédiens qui jouent à la perfection avec nos émotions. Entre colère et compassion !
"Nous avons eu notre heure de plaisir, n’est ce pas ?"

Claire

Les phrases écrites en guillemets sont tirées de la scène 5 de la pièce de théâtre Huis clos de Jean-Paul Sartre.