Hygiène du musicien

Tenté par une soirée ONPL ? N’hésitez plus ! Mais avant de vous jeter dans le grand bain du classique, sachez qu’ici, l’improvisation n’est pas de mise. Un petit coup de pouce pour faire de vous un spectateur modèle et averti, paré pour goûter pleinement le talent de Rachmaninov et des interprètes du jour...

Jeudi 6 novembre, 20h30 précises, Cité des Congrès de Nantes, tout est en place pour l’ouverture de la soirée ONPL intitulée « Symphonie sentimentale ». A l’honneur, Rachmaninov et deux de ses plus célèbres œuvres : le Concerto pour piano n°2 et la Symphonie n°2.
Vous ne connaissiez pas ? Moi non plus, mais soyez tranquilles ; lors de ce genre de spectacles peuplés de têtes grises, il est d’usage de se faire discret. Belle occasion de garder son ignorance par devers soi.
Retour sur une soirée à la mode russe, entre rigueur et romantisme…

Les règles de l’art

Venir assister à un concert classique, qui plus est à la Cité des Congrès de Nantes, suppose la prise en compte de quelques règles fondamentales.

Pour vous, spectateurs…
Propreté : tout est prévu pour vous garantir la meilleure des hygiènes. Dans les toilettes, un crochet pour suspendre sac et vêtements encombrants, une notice pour un lavage de mains optimal. La moquette beige parvient à le rester ; les rampes lustrées brillent de mille feux. La voix qui vous incite à éteindre votre téléphone portable semble tout droit sortie de la bouche d’un robot. Bref, vous êtes en lieu sûr.
Discrétion : autour de vous, les spectateurs ont l’oreille sensible ; veillez à retenir portes, sièges et tout autre objet mouvant susceptible de heurter cet organe précieux qui fera le délice de leur soirée.
Précision : surtout, ne faites pas n’importe quoi n’importe quand ; n’applaudissez pas à toutes les pauses ; attendez de voir ce que font les têtes grises. Elles toussent ? Faites de même ! Elles applaudissent ? Vous aussi, mais dosez votre enthousiasme pour ne pas enfreindre la règle précédemment citée.

Pour eux, musiciens…
Travail : le mot d’ordre. Sachez qu’ils passent la journée à bûcher leur instrument, dans l’unique objectif de garder leur niveau, et leur place au sein de l’illustre Orchestre National des Pays de la Loire (CDD de 6 ans avant titularisation oblige).
Retenue : queue de pie et nœud pap’ blanc pour les hommes, tenue noire pour les femmes (même si 2 d’entre elles ont la folie de porter une paire de lunettes rouges), obéissance aux injonctions du chef d’orchestre… bref, on ne sort pas du rang.

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L’ONPL, à la Cité des Congrès
Le cadre d’une soirée bien orchestrée

A toute règle ses exceptions

Elles sont ici au nombre de 2, nommées Jorge Luis Prats et Patrick Davin.
Le premier, c’est le soliste, LA star de la soirée. Lui peut se permettre quelques excentricités. On peut même le soupçonner de s’être fait pousser une ou deux mains supplémentaires ; sinon, comment ferait-il pour jouer autant de notes à la fois sur son piano ? Le voilà qui se fait taquin avec le public. Il mime un éventail de sa main, tapote le rebord de son piano en plein morceau, défie les têtes grises du regard pour mieux les impressionner lors de son solo final.

Le second, c’est le chef d’orchestre. Dans l’ombre du pianiste en première partie de soirée, il prend toute son ampleur au cours de la Symphonie. Lui est tout en débordement, habité par le morceau qu’il fait jouer : cheveux en pétard, visage expressif à outrance, larges mouvements des bras ; et on doit le dire, jamais brasser de l’air n’a eu autant d’utilité. Son sourire se fait aérien voire béat, son regard complice puis ténébreux, son souffle léger puis rugissant ; toute cette énergie pour transmettre l’âme du morceau à ses interprètes… et c’est ainsi que la magie se produit.

A tout labeur sa récompense

Rigueur + talent, et si c’était ça, le cocktail nécessaire à la naissance de l’émotion – pour toi, public ?
Et ça marche ! De cet ensemble studieux sort bientôt un son pur et plein de grâce ; si bien qu’au bout de quelques minutes, la voici qui surgit au-dessus d’eux, planant dans sa robe majestueuse… c’est bien elle, Anna Karénine, au milieu d’une somptueuse salle de bal d’un palais russe. Vous aussi, vous l’avez vue, non ?
Très présente pendant le concerto, elle se fait plus discrète pendant la Symphonie, n’apparaissant qu’entre deux passages plus sombres. A certains moments, on croit entendre son bonheur d’être toute à son amour trouver un écho de part et d’autre de la scène.
Puis à la fin, au comble de sa joie, tout s’achève soudain, laissant comprendre qu’une émotion d’une telle intensité ne peut subsister en ce bas monde.

AR