Il était une fois les temps modernes

Le 2 Mars dernier, le TNT se mettait à l’heure du conte dans La vie trépidante des illustres anonymes.

2017. Ère swag ou 2.0. On ne raconte plus d’histoires, on regarde la télé. Dans cent ans, les nouvelles générations parleront de Hanouna, des Secret Story à Miami et de toutes les émissions où on appuie sur un bouton pour se dire qu’on s’aime. Triste époque. Heureusement, il reste l’obscurité des salles de théâtre...

J’aime bien les surprises. J’aime bien quand on ne sait rien à l’avance. J’aime bien quand on n’est pas trop renseignés, aussi. J’aime bien tout ça, parce qu’on ne peut jamais être déçus. On peut même être séduits. Est-ce qu’on ne dit pas que le coup de foudre arrive lorsqu’on s’y attend le moins ?

La vie trépidante des illustres anonymes : tout est dit dans le titre, et pourtant, difficile d’en savoir moins. Je suis arrivée à l’aveugle, comme dans cette émission de TF1 où on appuie sur un bouton pour faire pivoter son fauteuil. La référence tombait bien, car le 2 Mars, au TNT, on allait parler de ça.

Il fallait y penser à mélanger les genres et relooker les contes, à raconter Le petit poucet avec un GPS, Cendrillon avec Tinder, à opposer la télé-réalité à tous les beaux récits de notre enfance. Moi, je suis pour l’imaginaire, les belles histoires et les contes anciens. Je suis pour les livres, les récits et les légendes. Moi, je suis convaincue que la télé d’aujourd’hui a bousillé tous les codes de notre enfance. Et tant pis si ça me donne l’air d’une vieille ronchon quand je suis un peu nostalgique.

La vie trépidante des illustres anonymes est un conte des temps modernes.
Le narrateur se voit attribuer par le Diable (sous les traits d’une conseillère Pole Emploi) la lourde tâche de raconter des histoires à ceux qui n’en suivent plus. Et le voilà parti là où les Ch’tis à Mykonos 1, Les Ch’tis à Mykonos 2, Les Ch’tis à Mykonos 3, Hanouna et ses bouffons et autres beaux exploits de la télé, ont remplacé les morales des récits légendaires. Son but sera de redonner le goût des histoires aux illustres inconnus qui ne rêvent plus que des vies trépidantes servies à la télé. Sur sa route, il croisera le pilier de bar, la sorcière, le poisson qui parle (bloup bloup bloup) et tous les personnages qui font les bons contes.

Mais si tout est réuni pour une histoire moraliste bien ficelée, la pièce ne m’a pas semblé dépasser le stade de l’essai. Tout est là, mais tout s’emmêle. Tout s’emmêle tellement que j’en ai perdu l’histoire, son but et sa morale. C’est comme plein de bonnes choses passées trop longtemps au mixeur. À la fin, il ne reste qu’une texture uniforme dont on ne distingue plus les ingrédients.

J’aurais voulu aller plus loin. J’aurais voulu une morale où les gentils s’en sortent et les méchants périssent. J’aurais voulu une histoire si puissante qu’on n’aurait plus douté du bien et du mal.
À une autre époque, j’avais crié à Blanche Neige "non ! Ne mange pas la pomme !" Aujourd’hui, j’aurais voulu dire "non ! Ne regarde pas la télé !"

Ce n’est pas le coup de foudre mais je ne suis pas déçue. On était si près d’un récit parfait. Comme après certains rendez-vous, quand on se dit qu’il ne manquait pas grand-chose pour toucher l’idéal. On n’était tout près, mais on n’y était pas. Malgré les poèmes et leurs formidables jeux de mots, malgré les bonnes idées et leur vision moderne, j’ai senti encore un peu trop de fragilité.

Marie