Il y a quelque chose en nous de TRTFF

TRTFF - Stomach Company - 12 mars - TU

Colyne Morange dissèque le sentiment d’imposture, universel et atemporel. Un théâtre dansé jubilatoire, pour une convocation foutraque et délirante du Tartuffe qui sommeille en nous.

Lumière en salle. Cinq comédiens entrent successivement au plateau. Intimidés, trébuchants et silencieux, ils entament un étrange ballet, cherchant leur place sur scène, dans ou en indépendance au groupe. Faut-il impulser un déplacement ? Rester statique ? Se détacher des autres ? Ils expérimentent, sans réellement comprendre le cadre, la raison de leur présence ici.

Peu à peu, les corps se dévoilent. Un poum poum short sous un jean. Une veste de costard sous un lourd manteau d’hiver. Combien de sous couches, synonymes d’autant de retournements à venir ?
En silence toujours, nous voici donc dans le vif du sujet.

Peu à peu, les voix elles aussi se libèrent. Racontent les craintes et incompréhensions. A mesure de cette délivrance, les postures s’affirment dans une surenchère qui ne semble plus connaître de limites. Oubliés les début balbutiants et maladroits, on se déchaîne au plateau. Mieux, on se vend. Des compétences, savoir être, savoir faire : pratiques de sport, langue, masturbation... Une pluie de métaphores filent le long des corps qui s’enflamment, en transe, silhouettes détachées sur fonds de lumières pulsées. La figure de Tartuffe, avec force de costumes et perruques, attise cet embrasement baroque, porté par une version pimpée et sous acide de What I got to do to make you love me d’Elton John.

Le public ne se contente pas de s’accrocher à son siège. Pris à parti, il participe aussi à l’écriture de ce qui se joue au plateau. Sorte de juré de cet ersatz d’entretien, qui dérape et échappe, lui sont réclamées des directives sur ce que les personnes en présence doivent être. Les consignes pleuvent, bienveillantes, absurdes, contradictoires : qu’ils soient beaux, plus nus, plus habillés, naturels, ou encore ours polaire. En toile de fond, des échos vibrants à des vécus qui se réveillent. Etre ceci par convention. Ou cela par attente. Se biaiser pour l’autre.

La fêlure se profile dès lors. Vers une affirmation de soi, une singularité qui n’est pas forcément dans les clous, se détache des codes sociétaux prémâchés, digérés et assimilés. Aimer les trucs moches par exemple. Une prise de position qui s’affirme aussi dans les rejets : détester les phrases qui se répètent à l’infini.
Autant d’éléments externes contre lesquels les corps se débattent, phrases corporelles justement répétées pour une mise en abîme. En boucle, à l’image de ces émotions et ressentis qui n’ont de cesse de nous submerger, en une vague continue. Pour autant infinie ?

Camille Rigolage