In Bloom

La Cie Chute Libre au TU pour le festival Flash Danse. Pierre Bolo, Annabelle Loiseau et leurs danseurs se saisissent du Sacre du Printemps de Stravinski avec leur univers hip hop et contemporain. Cette création a de nombreuses dates de prévue, n’hésitez pas !

Les lumières d’outre-tombe habillent un monde décadent : une bougie, un lustre, une table devant. Cet autel où viendront s’appuyer les personnages, dans l’attente car les nuits et les hivers sont longs. Autour, une forêt de projecteurs sur pieds, témoins comme peuvent l’être les arbres qui voient les siècles passer. Au sol, un corps de femme est venu s’étendre, visage contre terre.

Le basson haut perché résonne et ouvre la voie aux autres instruments. On sent monter l’excitation qui prélude aux grands évènements. Elle va se relever, patience, regardez. Soudain, un rythme violent surgit et possède cette fille. Par à-coups et gestes crump, une danse aux contours exorcistes s’est emparée d’elle.

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A nouveau le Sacre du Printemps, qualifié de monument, chef d’œuvre, d’incontournable. Et oui, il y a du monde qui a déjà foulé ce territoire depuis Nijinski. La pose caractéristique de ce dernier dans l’Après-midi d’un faune est évoquée ici et va subtilement baliser le déroulé de la pièce. Avec sa main ouverte plantée en direction du sol, sa cambrure et son regard de profil, cette convocation apaise le tumulte, comme une icône rassemble.

Reprise également de la voix du chef d’orchestre Léonard Bernstein dans un texte organique et sensuel, interlude fait de phrases entrecoupées d’onomatopées. Le solo qui ondule au rythme de ce montage sonore est captivant. Le mouvement respire, s’essouffle, revient, s’éloigne...

La musique pourtant bien connue reste imprévisible - magique composition - et chorégraphier cette impression de spontanéité est sans doute un exercice difficile. Par moment, j’ai pu regretter que les mouvements d’ensemble ne soient pas assez homogènes, mais au final mes souvenirs sont meilleurs. Car l’engagement des danseurs, ce fourmillement sur scène, les surprises, m’ont apporté beaucoup de plaisir.

Quand viendra le temps d’exulter, "le temps dont on s’éprenne" ? Le printemps renaît et la ronde tourbillonne. Au centre, le danseur vacille en coupole et diffracte le cercle. Transe, accents, pas de repos pour cette fête.

David Piz