Incident technique au Lieu Unique

Le Hammam inondé ? Les gradins qui ne coulissent plus ? Pas de vente de snack pendant les vacances scolaires ?
Non.
Un spectacle, "System Failure", qui derrière d’oniriques problèmes techniques offre une représentation parfaitement orchestrée.

Lumière sur la salle

Pour accéder à la salle de spectacle, nous entrons par la salle d’exposition. Celle-ci est vide, donnant à nouveau au LU ses allures d’usine.
Une femme parle avec ses amis de ce passé industriel : "ça devait sentir bon...".

Les portes s’ouvrent et nous pouvons nous installer, puis le spectacle commence.

Le verbe qui me semble convenir pour qualifier le début du spectacle est "prendre le temps". Car les metteurs en scène ont décidé de prendre le temps de mettre le spectateur dans l’ambiance, de mettre en place la scène progressivement, de faire comprendre aux spectateurs que leurs envies sont scannées. Comme sur n’importe quelle machine, le chargement prend du temps.

Déjà les gens rient. Tous les ingrédients du spectacle sont posés avant même que le premier être humain soit visible sur scène : atmosphère inquiétante et fascinante à la fois, avec une touche d’humour.

Le principe du spectacle est la fois simple et remarquablement compliqué. Il s’agit d’un générateur qui calcule en direct les désirs des spectateurs pour les représenter sur scène.
Du moins jusqu’à ce que le "détecteur de sensibilités contradictoires" arrête de fonctionner...

Machin, Machine

Une phrase m’a marquée pendant la représentation. L’un des quatre personnages affirme "Nous sommes en dehors du temps". C’est exactement l’impression que donne ce spectacle. Alors qu’il ne dure que 50 minutes, on a l’impression que le temps y ralentit, puis y accélère, on est plongé dans un autre espace temps.
Avec très peu de moyens techniques, nous voyageons très loin, notamment grâce à l’ambiance lumineuse et sonore, qui est très réussie.

Sans doute est-ce mon imagination débordante ou, qui sait, mes propres désirs de spectatrice qui se sont invités dans le spectacle, mais à certain moment j’ai cru y voir un parallèle entre la nature et la machine.
Au début, la fumée qui envahit la scène m’a donné l’impression d’une balade dans les nuages et j’ai même cru entendre le bruit de la mer. Quand aux deux petites lumières "amoureuses" qui fricotent à un moment du spectacle, j’y ai vu une métaphore de la procréation (idée renforcée par la prise branchée juste après, avec lourds sous-entendus, par deux des personnages).

Le fait de jouer sur le registre de la Science-Fiction, en nous plaçant, nous public, dans le rôle de la forme de vie mystérieuse et inquiétante derrière le "4ème mur", jouée avec de vrais dialogues de Science Fiction est un ressort comique efficace, et une bonne idée pour faire réfléchir le spectateur sur la peur de l’autre, de l’inconnu.

Ce spectacle a quelque chose d’un ballet contemporain mêlé à une série B.
Ballet pour la précision chorégraphique des acteurs, le spectacle étant réglé à la seconde près. Contemporain pour l’absurdité, pourtant pleine de sens, des scènes présentées.
Série B pour le côté décalé et ostensiblement factice de la mise en scène.
L’équilibre improbable entre ces deux pôles m’a conquise.

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Réparer le système ou repenser le système ?

"Failure System" pourrait aussi être traduit par "erreur du système". De quoi nous faire réfléchir sur le système dans lequel nous vivons et les voies qu’il emprunte.

Un dialogue entre deux des personnages établit que les machines ont besoin de nous, de notre conscience collective, pour les imaginer, les faire fonctionner, les réparer, mais que nous aussi nous avons de plus en plus besoin d’elles.

Lorsque la machine s’emballe, le spectateur ne peut que se poser cette question : à force de vouloir tout contrôler, ne prenons-nous pas le risque de tout détruire ?

Sur cette épineuse question, les spectateurs sortent de la salle...et s’empressent de rallumer leur Smartphone.

Mathilde H.


Bonne nouvelle, vous avez encore l’opportunité de voir ce spectacle ce soir, le 28 octobre au Lieu Unique à 20h30

Vous pouvez voir des extraits de la pièce en cliquant ici.