Inuk : voyage dans le Grand Nord entre poésie et état d’urgence

Inuk par la Compagnie l’Unijambiste - Dimanche 6 décembre 2015 à 16h30 au Théâtre Municipal de Rezé (l’Arc)

« Inuk », « inuit » en français, signifie « homme » en langue inuktitut. Il y a encore quelques années, on désignait ce peuple sous le nom d’« esquimau », terme réducteur et péjoratif signifiant « mangeurs de viande crue », aujourd’hui remplacé.
Ce spectacle de la Compagnie l’Unijambiste, proposé aux petits et aux grands enfants à partir de 7 ans, aborde de manière subtile et poétique les thèmes du réchauffement climatique et de l’acculturation, à travers l’histoire des habitants l’Arctique.

Beaucoup de poésie sur fond de sujets graves

Le décor est relativement épuré : au sol, une matière imitant la neige, en fond, un écran semi-sphérique et, sur l’un des côtés, un bonhomme de glace.
Un homme en anorak est assis sur une glacière en plastique bleu et pêche à la ligne dans un lac que l’on imagine gelé. Arrive un pingouin qui réclame au pêcheur le poisson qu’il vient de prendre. Il le lui refuse. Premier conflit entre « l’homme blanc », c’est-à-dire le Nord-Américain ou l’Européen, et l’habitant de l’Arctique, homme ou animal.
Dans ce spectacle, les animaux sont représentés par des comédiens avec des corps d’hommes et des masques en latex, de pingouin, d’ours blanc ou de phoque.

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Crédit photo : Dan Ramaën et Christophe Péan

Un mélange d’influences artistiques

A travers l’usage de plusieurs disciplines artistiques (théâtre, danse, vidéo, beatbox, musique…), les créateurs dénoncent de manière subtile la destruction progressive de la culture du peuple inuit et de son environnement naturel par le peuple de « l’homme blanc ».
Dès le début du spectacle, un extrait sonore de documentaire en anglais surtitré en français est diffusé, plantant déjà le décor : « Il y a plus de récits sur les Inuits que d’Inuits ».
Plus tard, un autre extrait de documentaire, vidéo cette fois-ci, raconte comment les enfants inuits vont à l’école avec les enfants « blancs » et en perdent leur culture d’origine.
Enfin, dans les derniers instants du spectacle, un Nord-Américain débarque sur le continent en avion et en repart en laissant des traces de sa culture : une canette de soda, un poste de radio, un fusil ou encore un sac de couchage dans lequel dormira un phoque.

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Crédit photo : Dan Ramaën et Christophe Péan

Didactique sans être moralisateur

Si parfois certains passages semblent un peu compliqués à saisir pour des enfants (lecture des surtitrages des documentaires, allusions subtiles au réchauffement climatiques et à l’acculturation), on peut penser que le simple fait qu’ils aient été surpris par l’apparition d’objets non-habituels (canette, poste de radio…) dans un paysage aussi beau et empreint de poésie est déjà une base de réflexion et d’éducation.
Pour les adultes, ce spectacle nous fait prendre conscience que le réchauffement climatique n’a pas seulement des effets sur notre quotidien mais aussi, et surtout, sur celui d’autres peuples très éloignés géographiquement et culturellement de nous.

Maud Boivin