IRIS : le spectacle qui te fait ouvrir grand les yeux sur le monde

Au TNT se jouait IRIS. Un spectacle d’une heure dix où seul en scène Gérard Etienne nous conte l’histoire de la relation d’Anselme avec Iris, la fleur et la femme.

Il n’y a pas de décor ou si peu : un guéridon, un saladier métallique remplit d’eau et un petit maillet de gong… voilà. On dit que le diable se cache dans les détails mais au TNT c’est l’imaginaire qui se cache dans le minimalisme.

Pour un conteur pas besoin de décor, ce n’est pas la vue qui travaille mais l’ouïe, tout d’abord. Le comédien arrive sur scène lentement, à pas feutrés dans la pénombre, seule une douche de lumière inonde son crâne. Les déplacements et la lumière seront parcimonieux tout au long du voyage. Monsieur Étienne nous transportera dans son monde, dans son rêve.

Il nous raconte l’histoire d’Anselme, petit enfant vivant à la campagne, qui est en harmonie avec la nature. Dans sa joyeuse naïveté enfantine, il s’émerveille des simples et des plus belles choses de la nature. Il vit dehors et tout lui semble bienveillant. Sa vie est simple et semble heureuse.

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Il va grandir et s’éloigner, se départir petit à petit de sa simplicité pour conquérir la vie, faire des études, trouver un bon métier et se faire une place dans le monde. Il va perdre contact avec sa nature, son intérieur.

C’est Iris, jeune femme épanouie et vive d’esprit qui va lui proposer le voyage de revenir vers son essentiel, son monde. De fait, elle ne pourra accepter d’être avec lui que s’il ne peut retrouver la flamme de la vie.

Comme toute bonne histoire, le fond compte (conte ?) autant que la forme. On se laisse porter par la voix majestueuse. Tantôt elle tire vers des accents féminins doux et chaleureux, tantôt vers des rivages plus durs et torturés. Elle oscille entre le narrateur, Iris et Anselme sans jamais les définir explicitement. L’art est subtil et parfaitement maîtrisé ; le vocabulaire intelligemment choisi. Tantôt je retrouve mon enfance pour jouer sur les pierres ou avec l’herbe et me perdre dans la contemplation et l’odeur des fleurs, tantôt je suis un adulte en ville rejoignant la compagnie mondaine ou retrouvant mon grand appartement vide. Les mots me parlent et je ressens l’eau ou l’air caresser ma peau, je sens les fragrances délicates des fleurs assaillir mon nez.

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De même la palette émotionnelle est utilisée en totalité ; je passe de l’insouciance à la rébellion puis au désintérêt et à l’oubli. Je comprends tour à tour la recherche d’une vie stable telle qu’elle doit être dans les codes sociétaux puis le désintérêt, l’ennui et la solitude. Enfin, je retrouve l’amour et la joie avant d’être rattrapé par l’accablement et le désespoir pour finir apaisé et serein.

Voilà pour moi ce qu’a été Iris, un histoire magique de vie. C’est toujours très ambitieux dans une œuvre de vouloir raconter la vie, on se perd dans des choses banales, on ne raconte que les grandes lignes… Iris c’est une vie en entier ; avec ses haut et ses bas, ses moments de joie ou de tristesse, ses courages et ses faiblesses. Cela fait ressortir toute la beauté de l’être humain dans sa complexité et ses paradoxes. Cette pièce m’a fait le même effet que lorsque arrive un événement grave : on interroge son chemin de vie, on remet en question ses choix, on retourne vers l’essentiel et on repart avec plus de force et de confiance. Voilà, en une heure dix ce que peut faire un merveilleux conteur à la voix envoûtante.

Merci donc à Gérard Étienne pour ce très beau moment et merci au TNT de proposer ce genre de création, d’encourager des œuvres qui sortent des sentiers battus et de nous faire quitter le lieu un peu plus rêveurs qu’avant.

Fabien, pas encore redescendu sur la terre ferme