J’ai couru comme dans un rêve : l’appel à ne pas rêver sa vie

C’est avec joie que je me suis installée à Onyx, dans une salle comble pour revoir J’ai couru comme dans un rêve, que j’avais tant aimé en 2013. En effet, sur les conseils d’une amie comédienne, j’avais déjà eu la chance de découvrir cette pièce sublime, de laquelle j’étais ressortie aussi chamboulée que ravie tant l’ascenseur émotionnel qu’elle déclenche est profond.

Ces 2h30 de montagnes russes s’ouvrent avec un groupe de parole où chacun des personnages se présentent. On apprend que Martin est atteint d’une tumeur au cerveau et qu’il va être papa. Que sa vie devient une urgence. On assiste coup sur coup aux réactions de ses proches et on se sent presque devenir l’un des membres de cette famille qui se débat pour encaisser le choc.

Sur scène, Sarah, Blandine, Joseph, Tyson-Gabi, Ben’s se racontent, plongent dans leurs émotions et nous invitent à ne pas rêver notre vie. A eux tous, ils nous offrent un véritable 360 de projection empathique autour d’un Martin pénétrant. Un dernier personnage caméléon tantôt animateur, docteur, etc. tisse le fil de cette histoire finalement ordinaire et nous facilite encore un peu plus l’identification.

A l’image de leur décor aussi simple qu’efficace avec ses 7 chaises, sa table et ses 3 tentures, Les Sans Cou mettent en scène l’impermanence de ce qui est. Les transitions musicales, un rythme soutenu alternant entre grave et léger sont autant de piqures de rappels de la flexibilité avec laquelle les comédiens nous suggèrent d’appréhender la vie. En savourer chaque instant, rechercher l’émerveillement et faire de sa vie un rêve…

Je suis ressortie avec la confirmation que jusqu’ici, J’ai couru comme dans un rêve reste mon indétrônable. En effet, parmi les pièces auxquelles j’ai pu assister, je suis rarement passée à ce point du rire aux larmes. Elle est un cri déterminé à croquer la vie à pleines dents. Elle est ce geste militant de corde que les comédiens se passent autour du cou pour finir le point levé. Elle est une pièce initiatique et je suis ravie d’avoir été le témoin du tourbillon de ressentis qui a traversé les lycéens qui étaient assis autour de moi, ce soir-là.

Emilie Chazot