J’ai couru comme dans un rêve : la pièce qui joue avec tes émotions

Jeudi 1er février, le gros cube noir d’ONYX accueillait sur sa scène sept comédiens de la compagnie Le Sans Cou et leur création collective « J’ai couru comme dans un rêve » mise en scène par Igor MEDJISKY.

Quand le temps met un coup d’accélérateur

Martin, interprété par Paul JEANSON, a une bonne et une mauvaise nouvelle à annoncer à ses proches. La bonne nouvelle, c’est qu’il va être papa. La mauvaise, c’est qu’il ne connaîtra jamais l’enfant puisque dans une semaine il ne sera plus de ce monde. Pas facile pour sa famille et lui de digérer l’information en si peu de temps. C’est une course contre la montre qui s’impose à eux. Une course où le passé et le futur proche s’affrontent avec maladresse, humour et tristesse, mais où chacun réussi à trouver un moment pour exprimer, à sa façon, ce qu’il ressent.

Rire de la mort

Confronter la vie et la mort avec humour, c’est un exercice difficile qui, selon moi, demande de la subtilité. En particulier, toucher là où ça fait mal, faire appel à ce qui fait le plus peur à l’homme occidental : la mort. Igor MEDJISKY remporte le pari haut la main ! Durant ces deux heures et demi, c’était comme si j’étais sur le billard et que sa mise en scène manipulait avec précaution et finesse mes émotions. D’abord, gênée par le silence, suite à une invitation à monter sur scène par l’un des comédiens, je ri des aberrations d’un groupe de producteurs de télé-réalité et je tâte mes poches à la recherche d’un mouchoir en entendant les messages désespérés d’une femme qui tente de comprendre l’absurdité de la vie. Et quoi de mieux pour toucher la corde sensible que la musique ? J’ai été prise par les sentiments, en particulier, lorsque qu’un trajet de voiture en famille se transforme en ghetto-blaster d’où sort un gros son de gangsta rap américain.

Au-delà d’une pièce sur la mort, une critique du voyeurisme de notre société

Cette subtile mise en scène dont je vous parle ne serait rien sans le groupe de talentueux comédiens qui occupaient la scène d’Onyx. Ça faisait longtemps que je n’avais pas été aussi sensible au jeu des acteurs ! Ils ne sur-jouaient pas et je les soupçonne même d’avoir, parfois, improvisé tellement leurs mots et leurs attitudes étaient naturels. C’était comme si je regardais des gens vivre par un trou de serrure. Comme si je regardais une émission de télé-réalité, mais sans tomber dans les clichés. Une vidéo projette le nom de la pièce, suivi, à la ligne, d’un curseur qui clignote : comme si le scénario attendait encore d’être écrit. Celui de la pièce ou celui de la télé-réalité qu’un groupe de producteurs obscènes tentent de créer lors de réunions absurdes qui ponctuent la pièce ?

Pour moi, « J’ai couru comme dans un rêve » est une sorte de fable qui se termine par une morale (dans le sans positif du terme) qui nous incite à profiter de l’instant présent et qui nous recommande de vivre notre vie plutôt que de regarder celle des autres.

Le mot « espérance », clamé par l’un des comédiens en fin de spectacle, résonne encore dans ma tête. C’est ce que m’inspire ce spectacle.

Feurbs