Jacky Terrasson au piano : arrête-moi si tu peux !

Entracte au Pannonica. La foule se presse dans le bar souterrain, qui propose aussi une petite scène pour des ambiances café-concert. Autour d’un verre, on débriefe la première partie du spectacle, un jeune quartet nantais qui, de l’avis général et du mien, propose des ambiances intéressantes, menées par un saxo planant et de bons arrangements à la guitare. Malheureusement, ce soir, la batterie a tout écrasé, rendant l’écoute pour le moins difficile.
Mais le meilleur de la soirée est encore à venir...

Car si nous sommes ici ce soir, comme on dit dans les cabarets, c’est pour applaudir Jacky Terrasson, de son vrai nom Jacques-Laurent, ce qui est, il faut bien le dire, passablement moins rigolo. Or Jacky est un bonhomme éminemment sympathique, pour qui jouer du piano, c’est avant tout jouer tout court.

Or on le sait, pour n’importe quel jeu, à deux, c’est mieux. Ce soir donc, Jacky, pianiste de jazz franco-américain, conjugue sa passion du piano avec les inventions rythmiques du percussionniste Minino GaraY. Ca va swinguer !

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Crédits photo : Pannonica.

Quand la cloche nous rappelle à l’ordre, nous découvrons un nouveau plateau. Un piano à queue est posé là de profil, majestueux, et les percussions l’attendent sagement à côté. Sous de belles lumières bleues sublimant les rideaux noirs de la cage de scène, le soleil a rendez-vous avec la lune, et cette fois-ci ils ne vont pas se rater.

Car Jacky Terrasson comme Minino GaraY sont des amoureux de leur instrument, de l’improvisation, et de la rencontre. La leur fait des étincelles. Le percussionniste, tout en douceur, créée de véritables ambiances sonores, n’hésitant pas à ajouter sa voix ou à jouer sur des onomatopées enregistrées pour y ajouter de la profondeur. Là-dessus, le piano de Jacky se lance et décolle. L’incroyable masse de ce somptueux demi-queue danse et virevolte sous les doigts magiques du pianiste, qui courent avec allégresse d’un bout à l’autre du clavier, tout en souplesse, en fluidité, inventant sans cesse de nouvelles façons de jouer. Ainsi, pourquoi ne pas frapper directement les cordes du piano en se penchant à l’intérieur, et inverser les rôles en confiant pour un moment la mélodie aux percussions ?

Des airs connus reviennent de temps en temps, la Javanaise, « Try to catch me », issu du dernier album du pianiste, ou encore l’air de « Nantes », la chanson de Barbara. Mais point de mélancolie ici. Les variations déploient les ritournelles en de nouveaux développements, nous emmènent tout en douceur d’un bout à l’autre du clavier, et nous font découvrir de nouveaux horizons musicaux. La rengaine, comme un fer rougi, chauffe et se distend sous les doigts du pianiste pour devenir autre chose, forme mouvante, évoluant dans l’air sous nos yeux et nos oreilles non seulement ébahis, mais surtout réjouis.

Car c’est aussi ça, le jazz : la rencontre entre deux amis qui s’amusent comme des petits fous, un moment unique partagé avec le public, un instant T qui abolit le reste du monde pour nous faire rentrer dans la pure jouissance musicale. Et un concert comme celui de Jacky Terrasson et Minino GaraY, au-delà de la virtuosité des artistes, vous rend juste heureux d’être là !

Chloé Averty