Jean-Baptiste André, Intérieur Nuit à Onyx

Artiste de cirque, Jean-Baptiste André n’est pourtant pas dans la prouesse démonstrative. Il fait évoluer son corps par petites touches pour nous entraîner dans son univers. Au croisement de la contorsion, de l’équilibre sur les mains, de la danse et de la vidéo, c’est tout un « micro-monde » qui s’offre à nous.

Arrivée dans la salle d’Onyx, les lumières ne sont pas encore éteintes que déjà des chants d’oiseaux se font entendre. Déjà un homme est sur scène, enfermé entre deux murs, et plie des vêtements. Puis, les lumières s’éteignent, la nuit se fait. Nous sommes plongés à l’intérieur, donc. L’intérieur de la pièce, l’intériorité de l’être, aussi. Intérieur nuit. Mais les bruits et la lumière de l’extérieur parviennent malgré tout à s’infiltrer à travers les trois lucarnes sur les murs.

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C’est ensuite une succession de scènes et d’ambiances, lors desquelles l’équilibriste nous fait voir ce qu’il vit, ce qu’il est. Il bouge, se meut, rampe, se tortille et, le geste d’une main entraînant le reste du corps, il danse.
C’est alors que l’ombre de l’artiste retient mon attention : celui-ci n’est plus seul sur scène, un prolongement de lui l’accompagne dans ses mouvements dansés. Ce duo prend une forme un peu plus réaliste lorsque l’ombre projetée sur le mur cède la place à l’image vidéo de Jean-Baptiste André.
Au fil des mouvements, je ne sais plus, si je regarde un homme, un animal, un fou, un équilibriste ou un clown. C’est un sentiment ambigu qui se dégage et je suis partagée entre l’effet comique d’un amuseur qui fait rire par sa démarche flegmatique ou par des mouvements répétés et absurdes, et le sentiment angoissant d’être face à la représentation d’un fou dont on ne comprend pas les gestes, d’un schizophrène enfermé cherchant à s’échapper.
L’artiste se dédouble, se fragmente aussi, lorsqu’il s’approche plus près de la caméra pour que ses pieds et ses mains soient projetés en gros plans. Il nous plonge dans un univers où les jambes deviennent corps, les doigts bras, les mains têtes d’un animal étrange qui se déplace et danse. Et peu à peu, au gré des déplacements, des postures et de l’orientation de la caméra, le sol devient mur, le mur plafond, le bas se confond avec le côté, le côté avec le haut… L’on ne sais plus si l’équilibriste est debout ou couché, s’il avance ou s’il recule, s’il vole ou s’il s’appuie contre un mur…

Grâce à ce procédé vidéo, Jean-Baptiste André nous fait entrer dans l’expérience acrobatique : la perte d’équilibre, la prise de risque corporelle et sensorielle, la perte de repères, dans l’espace et dans son propre corps, comme le vertige créé par l’illusion d’une caméra qui filme de côté. Plus besoin de se mettre sur les mains pour sentir l’espace changer autour de nous, pour sentir l’effet étrange que procure la perte des repères spatiaux, et notre rapport corporel aux lois de la gravitation. En restant assise sur mon fauteuil, la vidéo qui distord l’espace scénique me fait l’effet d’être dans une de ces attractions de fête foraine où notre corps subit des renversements successifs qui nous désorientent complètement.

J’ai perdu pied, et il me faudra quelques secondes lorsque la lumière se rallume pour me rappeler que mes pieds sont bien ancrés au sol, pour me souvenir de ma droite et de ma gauche, pour retrouver l’équilibre. Mais je retournerai avec plaisir à Onyx le 23 mai prochain pour découvrir un autre duo de Jean-Baptiste André, sans caméra cette fois, mais avec Julia Christ : Pleurage et scintillement, l’histoire d’une rencontre entre un homme et une femme. Il est désormais l’artiste associé de cette salle pour les trois prochaines saisons, et c’est une très bonne nouvelle !

delphine