Jim Jarmusch à l’honneur au Cinématographe

Du 14 janvier au 25 février, le Cinématographe, consacre une rétrospective au cinéaste indépendant américain Jim Jarmusch. Jarmusch ? Il a tourné avec Roberto Benigni, Bill Murray, Johnny Depp, Tilda Swinton ou encore les musiciens Tom Waits et Iggy Pop, pour n’en citer que quelques uns. Au programme : 14 films en version restaurée, à raison de 3 à 4 séances au cours du cycle.

Pour ouvrir cette rétrospective, la parole est donnée dimanche 19 janvier à Philippe Azoury, critique cinéma, lors d’une conférence d’introduction sur le thème “Jim Jarmusch, une autre allure” (du nom de l’essai qu’il lui a consacré en 2016).
Une conférence d’1h30 tout simplement géniale et passionnante, quelque soit votre niveau de connaissance sur le cinéaste.
S’il débute la conférence quelque peu intimidé devant cette audience venue l’écouter, l’intervenant est un de ces orateurs dont on boit les paroles, sans se forcer, et qu’on pourrait écouter ainsi pendant des heures. On reconnaît son expérience radiophonique dans sa manière de raconter - il est en effet chroniqueur dans l’émission “La Dispute” sur France Culture.

Philippe Azoury nous livre avec humour et discrétion des anecdotes sur ses rencontres successives avec Jarmusch. Il raconte notamment la première fois qu’il aperçoit Jarmusch, en vrai, se promenant dans les rues lors du festival de Cannes. Il se surprend à le suivre, et c’est le point de départ de ses réflexions sur “l’allure” de Jarmusch, sur sa démarche particulière et celle de ses personnages.
Il évoque aussi comment Jarmusch a décroché la Caméra d’or à Cannes pour Stranger than Paradise, une récompense destinée aux premiers films, alors que le jeune Jim avait déjà réalisé Permanent Vacation, son film de fin d’études à la New York University.

Entre anecdotes donc, extraits de ses premiers films et analyse, cette conférence d’introduction m’a permis à la fois de mieux connaître Jarmusch, de disposer de quelques clés de compréhension de son œuvre et surtout m’a donné l’envie de découvrir sa filmographie.

Ayant déjà vu Broken Flowers (2005), je fais le choix d’un film issu de ses premières années, Mystery train (1989) et d’un récent, Paterson (2016). J’en retiens des personnages décalés, assez solitaires ; un humour discret mais certain ; une lenteur assumée ; la musique qui n’est jamais bien loin ; un goût pour la répétition aussi. Mystery train est décrit comme un “film puzzle”, dans lequel à chaque nouveau segment du film, on rencontre de nouveaux personnages, qui évoluent en parallèle des précédents, dans le même environnement, mais sans jamais se croiser à l’écran. Dans Paterson, ce sont les jours de la semaine qui se répètent, on suit du lundi au dimanche le quotidien de Paterson et Laura.

J’en retiens aussi des références culturelles omniprésentes, de Mystery Train qui se déroule à Memphis, Tennesssee, “ville d’Elvis” à Paterson, New Jersey, “ville des poètes”, ainsi que la créativité des personnages eux-mêmes. Paterson est à la fois conducteur de bus et poète, sa compagne Laura passe avec enthousiasme de la peinture à la couture, mais aussi de la guitare à la confection de cupcakes.

Je suis vraiment conquise par ce format de la rétrospective, qui éveille la curiosité sur une filmographie et apporte un éclairage sur une œuvre de cinéaste. Le tout dans cette atmosphère propre au Cinématographe, entourée d’habitués et de cinéphiles aguerris.
A votre tour de poser vos valises chez Jarmusch pour les dernières projections de la rétrospective, avec au programme Night on Earth, Ghost Dog, Coffee and Cigarettes, Broken Flowers ou encore The Limits of Control.

Agathe.

Rétrospective Jim Jarmusch, jusqu’au 25 février au Cinématographe.