Keep calm and… planta tacon !

Je me lance pour une soirée au rythme de la guitare andalouse et des claquements de pieds (= planta tacon). Ayant déjà assisté à plusieurs représentations de flamenco auparavant, c’est à ONYX le 25 janvier que je découvre une nouvelle interprétation de ce genre musical et dansé avec le spectacle OP24 de la compagnie Andrés Marin.

Lorsque j’entends le mot « flamenco », quelques images me viennent rapidement en tête : l’homme à la peau matte et aux cheveux bruns mi-longs coiffés en arrière, qui bombe le torse fièrement ainsi que la danseuse gitane à la robe à froufrous et à pois rouges qui tape sèchement du pied. Ces images sont certainement stéréotypées, limitées. Allons plus loin.

Sachez que le flamenco est inscrit au patrimoine culturel de l’UNESCO, c’est vous dire la richesse de ce style, inspiré de trois cultures : arabo-musulmane, juive et andalouse chrétienne. Son origine doit aussi être recherchée dans l’ethnologie du peuple qui l’a conservée et transmise, c’est-à-dire le peuple Gitan venant d’Inde.
Le flamenco est constitué principalement d’un chant a cappella et d’une guitare flamenca. Les claquements des mains en accompagnement s’appellent palmas et la danse, el baile. La percussion se fait souvent avec le cajon, avec les pieds et parfois avec les castagnettes. [1]

Vous me suivez toujours ? Maintenant que vous connaissez presque tout du flamenco, commençons.

Une danse flamenca modernisée et parfaite

Dans ce cube noir et sombre, je découvre un maitre. Andrés Marin ne danse pas seulement le flamenco, il le vit. Sévillan baigné dans cette culture musicale et dansée depuis son plus jeune âge, il en connaît parfaitement les règles tout en se les appropriant, en les modernisant. Finalement, il révolutionne les traditions pour leur rendre un très bel hommage. Sa vision contemporaine du flamenco ne rend pas moins sa technique parfaite, bien au contraire. Et le décor épuré de ce théâtre est totalement adapté à sa démarche.

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© Miguel Angel Gonzales

Andrés évolue sur cette scène faite d’ombres, de légers faisceaux de lumière avec une grandiosité dans chacun de ses mouvements. La voix du chanteur a capella emplie la salle, me transperce, m’émeut, sans compter la musique enivrante de la guitare sèche qui l’accompagne.
Claquements de doigts… de pieds résonnant dans toute la salle…une finesse extrême dans la chorégraphie et en même temps si brutale et saccadée. Sa vitesse varie à chaque instant, nous laisse sur le qui-vive. Quelle intensité !
Les artistes nous livrent un sentiment de souffrance, de passion, la cruauté de l’amour. C’est en tout cas ce que j’imagine puisque je ne comprends que peu les paroles chantées en espagnol mais elles me touchent.
Peu à peu, la virilité du danseur s’efface, lui qui met son bassin en avant plutôt que ses épaules et son torse. La beauté est présente dans tous ses muscles luisants de transpiration. Chaque pointé de doigts est mesuré et parfait.
Coups. Frottements au sol. Le cube d’ONYX est possédé.

La dernière scène se termine sur Andrés, le danseur qui remonte son tee-shirt sur ses épaules puis sur son visage pour en faire un masque. Son corps se recroqueville. Et là, je me rends compte que sa virilité a totalement disparu…

Christelle D.H

[1Source encyclopédie Wikipédia