Kronos Quartet : des cordes tendues à craquer

Il m’arrive de temps à autre d’ assister à un concert de musique classique. Je n’y connais absolument rien, mais toujours certaines choses me séduisent, d’autres moins ; j’essaie d’analyser, bref, je fais tout pour me comporter en bonne petite spectatrice.

Mais je n’ai jamais été figée sur mon siège comme devant le Kronos Quartet. Un bête quatuor de musique de chambre, à première vue : deux violons, un alto, une violoncelliste. Mais avec eux la chambre s’ouvre aux dimensions d’un univers.

Basé à San Francisco, le quatuor star a roulé sa bosse : 40 ans d’existence et des centaines d’œuvres créées par ces musiciens atypiques, qui touchent à tous les genres. Ce soir, ils reprennent plusieurs courtes pièces de musique classique ou contemporaine, réarrangées pour leur quatuor, avant de finir sur une œuvre originale écrite par Aleksandra Vrebalov, qui s’accompagne d’une mise en images par le plasticien Bill Morrison.

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Crédit photo : Lieu Unique

Dès le début du concert, je reste subjuguée. Malgré mon ignorance en la matière, je sens bien une finesse de jeu, une virtuosité jamais tapageuse, une qualité d’interprétation extraordinaire ; plus encore, les musiciens instaurent un tel degré d’écoute, une telle tension entre eux que le spectateur, interpellé, à l’impression d’être pris à partie, placé au milieu de la scène où il devient acteur de la pièce.

Cette tension culmine quand le quatuor nous emmène dans l’aventure douloureuse de Beyond zero : 1914-­1918, une pièce composée par Aleksandra Vrebalov, qui évoque la première Guerre Mondiale. Si, jusqu’à cette partie du spectacle, l’aspect visuel était resté sobre et élégant (rideaux sombres, changements de couleur des lumières tout en subtilité...), cette création associe de façon beaucoup plus étroite l’œil et l’oreille. Bill Morrisson, plasticien, a réalisé un travail fascinant sur des images d’archives de la Bibliothèque du Congrès de Washington.

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Crédit photo : Carolina Performing Arts

Brûlées, brouillées, les images tressautent, vibrent, se dissolvent en une pâte brûlante, incompréhensible, au plus près de l’absurde de la guerre. On distingue plusieurs thèmes : les hommes au front, les villes détruites, le feu, qui se mêlent à la musique dans une sorte d’alchimie monstrueuse qui broie tout sur son passage. C’est du moins ce que j’ai ressenti, comme si musique et images s’associaient pour nous faire sentir le poids de l’histoire et l’impuissance de l’homme.

Bref, de la musique classique ultra contemporaine, qui vous prend et ne vous lâche plus !

Chloé Averty