L’arme amère

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Fassbinder

En ce vendredi soir étonnement doux de fin novembre, c’est avec plaisir que je retourne à l’accueillante Salle Vasse pour y découvrir une pièce allemande et un collectif nantais. C’est le nom connu et reconnu de l’auteur de la pièce, Fassbinder, qui m’a motivée à découvrir la pièce Larmes amères de Petra Von Kant, jouée par le collectif NatürliF.

Le trio de l’enfer

J’étais déjà au courant de l’histoire, précisée dans le programme du théâtre, Petra Von Kant est une styliste allemande connue, elle a la particularité, non pas d’avoir une stagiaire, mais carrément une esclave, Marlène. Leur relation sera mise à mal par l’arrivée d’un troisième personnage : une jeune femme mannequin. Pas plus de précision. Je m’attendais à ce que la relation qui unit Petra à Marlène soit violente, comme on l’imagine entre un maître et son esclave. Et l’arrivée de la jeune femme, Carine, allait changer cette relation grâce à la compassion, voire même la sympathie de Carine pour Marlène. L’autre possibilité à laquelle j’avais pensée était à l’opposé : Carine allait être une véritable tortionnaire sanguinaire vis-à-vis de l’esclave. Voilà à peu près l’idée que je m’étais faite de la pièce la simple lecture du descriptif de la pièce.

Fourrure, champagne et fond de teint

La scène est remplie d’objets et de meubles d’un style plutôt vieillot, un peu années 70’s rustique. Je comprend alors que la pièce renoue avec un des principes premiers du théâtre : imiter la réalité. Nous nous trouvons dans un appartement coquet de Cologne, en Allemagne.

Marlène

La première bonne surprise fût de découvrir une Marlène jouée par un homme. Alors que cela aurait pu être ridicule et rendre le personnage de Marlène moins attachant car risible et grossier, il n’en est rien. Marlène est maquillée juste comme il faut, marche très bien avec les talons d’une hauteur convenable, et est habillée d’un pantalon noir. L’apparence de Marlène n’a donc rien de choquant ou de grotesque, le personnage est même raffiné, exécute ses gestes avec précision et dignité. Son attitude et son apparence fait davantage penser à une servante qu’à une esclave. L’autre particularité du personnage est son mutisme, qui en devient la marque de sa soumission.
Ce personnage est intriguant car il ne semble pas en souffrance, Petra traite Marlène de manière correcte. Leur relation fait penser au syndrome de Stockholm, Marlène semble être en admiration devant Petra, peut-être même y a-t-il un brin de reconnaissance.

Petra

Petra, quant à elle, à l’apparence d’une paysanne qui a réussi à percer dans la haute couture, elle est antipathique, narcissique, c’est un personnage qui semble dépourvu de finesse d’esprit. Les costumes renforcent cette impression. J’ai trouvé que là était la faiblesse de la pièce. Le costume de Marlène était bien pensé mais les autres manquent cruellement de classe et d’élégance. Petra se change un bon nombre de fois et à chaque fois ce sont des vêtements en synthétique, soit trop moulants, trop transparents ou trop courts. Cela pourrait coïncider avec l’idée de la fille de la campagne qui ne connaît pas les codes vestimentaires mais pour une styliste, ancienne campagnarde ou pas, cela ne colle pas. Le bide à l’air, difficile d’avoir l’air classe. Ce qui sauve le personnage est bel et bien le charisme et la beauté de la comédienne, même dans un haut blanc, transparent et à flanelles qui n’arrive qu’au dessus du nombril, le personnage est doté d’une présence considérable qui envahi tout l’espace. La voix de la comédienne renforce encore davantage son charisme, elle est juste, belle et puissante, on a envie de l’écouter parler pendant des heures, car c’est bien à travers sa voix que le personnage de Petra vit et nous captive.

Carine

Quand Carine débarque, c’est avant tout un corps que l’on voit, un beau corps de jeune femme à la plastique de rêve, un corps fin, les muscles dessinés, de beaux yeux bleus, les cheveux courts qui font ressortir un visage tout en finesse. Nous découvrons une Carine jeune, un peu perdue mais opportuniste, manipulatrice, voulant plaire à tous et à toutes. Alors que Marlène est la servante de Petra, Petra devient la servante de Carine.

L’humain

L’histoire m’a quelque peu déçue, ce n’est pas réellement la relation de Petra et de Marlène qui est au cœur de la pièce, c’est plutôt le personnage même de Petra, sa vision du monde, de la vie et des relations humaines. Nous assistons à la manière dont un chagrin d’amour peut amener à remettre en question sa manière de traiter les autres et son entourage (ici, Marlène).
Le jeu des acteurs et les dispositifs scéniques, de sons et de lumières, portent la pièce. Les effets sonores, notamment la sonnerie du téléphone faite de voix de femmes, sont bien pensés et réussis.
Ce qui fait la force de cette pièce et de ce collectif est réellement les comédiens qui sont incontestablement talentueux.

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Sourire amer

A la fin de la pièce, le collectif nous informe du contexte précaire dans lequel cette pièce a été créée, sans financement, sans lieu de résidence, sans moyens. Ce sont les ateliers de Bitche qui ont accueilli le collectif. Alors que l’État se désinvesti et abandonne la culture, des solutions sont trouvées grâce au soutien et à l’entraide d’autres associations et structures plus ou moins dans la merde aussi. Cela permet juste de retarder la mort de la culture.

Noémie