L’incroyable performance d’une seule en scène

A la lecture du nom du spectacle, j’esquisse un sourire. Avec ce mot au pluriel « les chatouilles », je pense aux rires et à l’enfance. Et puis, je poursuis la lecture, par curiosité pour ce spectacle jeune public. Alors, je comprends que le spectacle est interdit au moins de 14 ans et que les chatouilles dont il est question sont des chatouilles interdites. Très vite, je me demande si j’ai envie d’aller le voir ce spectacle. Un spectacle sur la pédophilie, un soir de semaine pour décompresser, il me semble impossible de parvenir au résultat escompté.
Et pourtant, malgré la gravité de son propos, je ne regrette aucunement d’avoir écouté la vie d’Odette pendant 1h45. Andréa Bescond réalise une magnifique performance autant dans l’interprétation des rôles que dans le jeu chorégraphique.

Sur scène, un fauteuil trône en plein centre. Seule, l’autrice incarne tour à tour chacun des protagonistes. Elle change d’accent, de sexe, d’âge. Elle joue avec justesse tous les rôles.
En moins d’une seconde, je la vois enfant, innocente puis terrorisée. L’instant d’après, elle est avec ses camarades, au cours de danse. Et puis, surgira son agresseur, celui qui chatouillera, celui qui me terrorisera aussi. Tous les sentiments défilent : peur, angoisse, colère. Je les ressens tous.

Mais la performance ne s’arrête pas à l’interprétation. Elle danse aussi. La danse, c’est elle qui l’a sauvée. Nul doute qu’elle a réellement fréquenté le conservatoire. Les pointes de pieds sont tendues. Le pas est beau et précis, digne du lac des cygnes.
Andréa Bescond tisse ses paroles avec son corps. La danse est une de ses manières de s’exprimer.

Au fil de son histoire, elle passe du classique au contemporain. Quand l’horreur entre, Odette s’électrise. Lorsqu’elle évoque son passé dans les comédies musicales, elle rejoue la chorégraphie. Mieux que la mots, ses mouvements retranscrivent son histoire.
La danse lui sert de transition. C’est avec un entrechat ou le hip-hop, qu’elle passe d’un âge à l’autre et nous transporte dans son histoire.

Par la justesse de ses mots et mouvements, je me suis retrouvée avec elle à la barre de danse classique, écoutant attentivement la professeure. Avec elle, j’ai eu les yeux mouillés, j’ai ri aussi parfois et finalement, j’ai oublié ma journée de travail.
Mais surtout, plutôt que de me laisser triste, elle m’a transmis une incroyable énergie pour lutter contre les 154 000 actes de violences envers les enfants commis chaque année en France. En définitive, la véritable performance, c’est peut-être toute l’énergie qu’elle diffuse.

https://andreabescond.com

Karen L.