« La Belle », ou « quand les princesses prennent le pouvoir »

Qui a dit que les princes et les princesses étaient « as been » ?

Le spectacle de danse « La Belle » proposé par la compagnie La Vouivre, inspiré de l’univers des frères Grimm et de l’atmosphère fantastique des contes, nous prouve le contraire et nous transporte au temps des légendes, au gré d’une magie bien d’aujourd’hui…

Tout d’abord, on est ému par le soin porté aux décors et à la mise en scène. Les rideaux se lèvent sur la danse éthérée d’un long voile blanc, agité de sursauts et de vagues voluptueuses, accompagné par un environnement musical d’une grande finesse et dont la qualité ne se démentira pas tout au long du spectacle. Puis un corps se dessine sous le voile qui se transforme en couverture… d’une belle endormie. La vidéo s’invite alors au spectacle, étonnante, vive et multiforme comme les rêves. Des images puissantes se succèdent au rythme effréné de l’imagination de cet être blanc et blond étendu sur scène. Et soudain, la belle s‘éveille et les êtres rêvés s’animent et se mettent à danser.

La danse est au cœur du spectacle, elle en est la colonne vertébrale, mais les notes de musique en sont les nerfs, et les lumières et les décors les poumons. Les changements de rythmes, les surprises et rebondissements sont souvent dus aux changements de décors et d’univers musical et coloré. Avec des moyens techniques relativement simples l’effet produit est souvent exceptionnel, à tel point que, joint au talent des danseurs, on touche à plusieurs reprises au sublime.

L’évolution du personnage féminin est également très intéressant et permet de faire avancer la narration en dépit du manque de personnalité des deux amants. Chaque nouvelle séquence approfondit ce personnage de la belle, qui passe de la naïve jeune fille à la longue chevelure blonde à la jeune femme moderne qui joue de ses charmes et de ses conquêtes. Sa présence sur scène est étonnante et le jeu théâtral apporte beaucoup quand il sert la dimension violente de l’amour dans sa transformation de l’innocence à la passion. En revanche, l’humour et le décalage utilisé à plusieurs reprises m’a personnellement beaucoup dérangé, rompant avec le charme poétique de l’ensemble, on tombe soudain dans la trivialité de façon trop abrupte.

Une représentation haletante donc, pleine de surprises et de beauté, un univers somme toute d’une grande profondeur et qui pousse à la réflexion voir à la méditation contrairement à ce que le sujet pouvait laisser présager. Enfin, une création musicale en accord parfait avec le spectacle et une mise en scène qui sont des écrins de grande qualité et qui valent presque autant le détour que le spectacle en lui même.