La compagnie Les Passagères, une réécriture coup de poing du « Va, je ne te hais point »

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« Préparez vos mouchoirs »…

Bravant les premiers froids, je me dirige, non loin du boulevard Guist’hau, vers la salle Francine Vasse. Le pas vif, et le paquet de mouchoir en poche, je me rends au théâtre pour découvrir un grand classique qui m’était jusqu’alors inconnu : Le Cid de Corneille (1606-1684).
Appréhendant ce classique tragi-comique du théâtre français de 1637 comme une pièce potentiellement dramatico-larmoyante, je me dis que mes mouchoirs, sous couvert d’un rhume naissant, pourront me servir à assécher ma peine durant la représentation…

… Nada de tout cela

Finalement, Nada de tout cela, le rideau se lève, la salle, presque complète, se tait, la pièce commence.
« Préparez vos mouchoirs » sera inutile, rapidement les rires finissent de remplir la salle. Ainsi, à l’image du film de Bertrand Blier, vous pouvez certes « préparez vos mouchoirs » mais cela sera également pour rire, voire pleurer de rire, d’une situation pourtant tragique.
Avec la compagnie Les Passagères, l’histoire reste tragique* mais la forme de cette représentation, de cette réécriture du Cid, appui avant tout sur côté comique de la pièce.
La commedia dell’arte est ainsi mise à l’honneur tant dans la mise en scène (jeu des acteurs, masques) que dans les dialogues qui pourraient tenir du théâtre d’improvisation ou de cadavres exquis.
En effet, entre quelques extraits de tirades célèbres, vous rirez de jeux de mots incongrus, de références à des chansons populaires (de Francis Cabrel à Stromae) ou encore à des allusions, plus ou moins subtiles, à de grosses productions américaines (Rocky, Platoon…).

Forces et faiblesses

Même si l’on rit beaucoup, attention, selon moi, à ne pas trop noyer le spectateur sous des flots de jeux de mots et de références à trop de modernité (selfies…). Comme toute gourmandise, les jeux de mots s’apprécient avec parcimonie.
Une remarque connexe, entendre Rodrigue répondre à l’une des tirades célèbres de Chimène : « (…) je ne saurai être ton bourreau. » par « soit mon fourreau ! » peut laisser sceptique car fleuretant avec le mauvais goût.

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Une compagnie à suivre pour vivre des moments légers et amusants

Ce spectacle ludique et dense m’a fait passer un bon moment.
Si les représentations de ce spectacle sont closes pour la salle Francine Vasse, je vous invite à guetter les futures représentations de la compagnie Les Passagères.
L’ensemble de la troupe offre une représentation maîtrisée, deux mentions spéciales me sont indispensables : Rodrigue est excellent du début à la fin, et, son père, à l’image d’un Louis de Funès sur certaines scènes (l’épée beaucoup trop lourde pour un vieillard), offre également une belle prestation.

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* Rappel pour les néophytes de la pièce : A la cour espagnole, Rodrigue se retrouve, pour venger l’honneur de son père, a tuer le père de Chimène, la femme dont il est fortement épris.

Gracias a todos y hasta luego !
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