La Lina improvise

En ce samedi 5 décembre, la Lina (Ligue d’Improvisation Nantes Atlantique) nous propose une soirée cabaret des improvisateurs. Le rendez-vous nous est donné à la maison de quartier de Doulon. La salle est pleine. Les gradins sont prolongés sur scène par quelques rangées de tables et de chaises. Un bar siège à jardin. Un musicien joue à cour. La limite entre l’espace scénique et l’espace réservé au public est volontairement brouillée. Tout se mélange dans un incroyable brouhaha, un mouvement continu et joyeux. Ça parle, ça boit, ça mange. Nous sommes alors invités à écrire sur un petit bout de papier, une phrase ou un mot. Nous gardons le précieux papier sur nous. Nous attendons et espérons secrètement que c’est avec notre sujet que tout à l’heure, ceux qui vont improviser, improviseront bien. En cet instant précis, le spectacle n’est pas encore écrit. Il naîtra au fur et à mesure que les papiers se déplieront, et que les comédiens inventeront. Le maître de cérémonie fera saluer sa troupe avant que le spectacle ne commence car comme lui même le dira : « il vaut mieux que vous nous applaudissiez maintenant, parce qu’après... ».

Un premier papier est choisi. Une première improvisation peut commencer. Le régisseur lumière a un rôle primordial dans cette histoire. C’est lui qui décide de l’ambiance lumineuse la plus appropriée à ce qui se découvre aux yeux de chacun. C’est lui encore qui décidera d’arrêter l’improvisation à tel endroit plutôt qu’à un autre. Et tant pis si un des comédiens venait d’avoir l’idée qui relancerait la scène, les rires, l’émotion.
L’art de l’improvisation, l’enjeu de cette soirée, réside bel et bien dans le « ici et maintenant », avant c’est trop tôt, après, c’est impossible. Il faut savoir doser, être à l’écoute de ses partenaires, le public en est un, le premier. Parfois, cela ne fonctionne absolument pas et personne ne sait pourquoi et puis parfois, comme par magie et pourtant on le sait, il y a un truc mais quoi, cela prend une toute autre dimension, cela dépasse clairement le sujet écrit sur le petit bout de papier, cela dépasse les comédiens, le théâtre, la ville. Un instant sur le fil où tout le monde oublie qu’il joue, personne ne pense à l’effet d’avant, ni même à la suite. Tout est là et qui a disparu la minute d’après.
Est-ce pour cela que des hommes filment la soirée. Pour essayer de comprendre ce qui a été et ce qui n’a pas été ? Pour se passer au ralenti le moment où quelques un ont fait apparaître ce que beaucoup essaient de trouver depuis des décennies sans y parvenir ? Pour voir l’instant précis où tout, absolument tout semblait être à sa place ? Le secret de cette incroyable alchimie réside dans le fait qu’il n’y ai rien à voir mais tout à ressentir.
On regrettera parfois, des improvisations un peu précipitées. Une urgence inappropriée court-circuitant toute possibilités d’ailleurs. On regrettera, malgré la folle énergie de chacun, que les corps travaillent si peu. Comme si la consigne avait été donné de tout le temps parler, associant un mot à un autre, une idée à une autre.
Malgré tout, on rentrera chez soi la tête remplie d’effervescentes images. Elles resteront en nous comme un petit miracle. Une possible réponse à quelques mots griffonnés sur un petit bout de papier.
La Lina n’a pas dit son dernier mot. D’autres rendez-vous sont à venir au cours de la saison. Matchs d’improvisations, de nouveaux cabarets des improvisateurs, et bien plus encore. A découvrir sur leur site internet, www.lalina.fr.
Et la boucle, on l’espère ne s’arrêtera jamais. Tant qu’il y aura des idées, il n’y aura jamais assez de mots pour les dirent, mais suffisamment pour les faire vivre.

GUILLOT FLORIAN.