La magie d’Onyx ouvre la saison

Le théâtre d’Onyx a entamé sa saison avec deux spectacles de cirque : Floe et Cloc. Entre acrobaties sur le parvis et magie dans la boîte noire...

Floe

Exploration circassienne de Jean-Baptise André

Alors que la nuit dépose délicatement son voile sur les lumières de la zone commerciale Atlantis, les spectateurs se rassemblent devant le théâtre d’Onyx. Ils découvrent là cinq cubes blancs, plus ou moins grands, disposés sur le parvis entre le grand cube noir du bâtiment et le plan d’eau dans lequel se reflètent déjà les lumières bleutées d’Ikea. Voilà le théâtre de la performance que nous propose Jean-Baptiste André, artiste associé d’Onyx, en ce soir d’automne, pour l’ouverture de la saison. Tandis que le calme s’installe, l’artiste se détache de la foule et pose ses pieds nus sur le premier élément.

JPEG - 31 ko

Il explore la structure avec son corps agile de circadien aguerri. Tantôt allongé, debout, en glissade, assis ou en équille, il expérimente une à une les possibilités qui s’offrent à lui. Il sondera chaque face, chaque arrête de cette architecture éphémère, passant d’un élément à l’autre. Car il s’agit bien là d’exploration et d’expérimentation. On observe un corps qui cherche à fonctionner avec ces blocs, et non une démonstration de force ou de talents d’équilibriste. En toute simplicité, il prend le temps de s’arrêter sur les interstices, les failles, des plans inclinés et souligne ainsi la complexité de cette installation sommaire. Tranquillement, il s’assoit sur une arrête, prend le temps de s’offrir un panorama, ou s’allonge pour contempler le ciel. Ce corps est en jeu, il disparaît parfois partiellement, s’amuse, crée des effets absurdes et nous fait sourire.

L’attention des spectateurs est fragile, car les distractions sont nombreuses : voitures, passants et enseignes lumineuses attirent souvent les regards. L’artiste évolue en silence et capte l’attention de tous, sans l’accaparer. Dans l’espace public, hors de la boîte noire du théâtre, on choisit librement le degré d’attention que l’on accorde à l’artiste. Ici, Jean-Baptiste André a fait le choix audacieux de la simplicité dans la performance. Un seul projecteur pour le rendre visible, le silence ou les moteurs des voitures comme univers sonore. Cette simplicité ouvre à la distraction, mais libère aussi l’imagination qui s’emballe alors. Les lignes sobres et la lenteur de l’action nous laissent le temps de nous offrir mille histoire. On visualise l’ours blanc sur le dernier bloc de banquise, ou Scrat - de l’Âge de Glace - qui sauve sa noisette à grand recours de positions incroyables, ou des souvenirs d’enfance ou, perché sur un canapé, on s’imaginait entourés de marécages grouillants de piranhas.

Le cinquième cube est trop loin, il n’y parvient pas et repart tranquillement à pieds, nous laissant nous retourner pour faire face à Onyx, un autre cube que l’on reviendra explorer tout au long de la saison et dès ce soir.

Cloc

Magique comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une radio qui déraille et d’un parapluie.

Cloc, un spectacle de la compagnie 32 novembre, a été pour moi une plongée en apnée, le souffle coupé et les yeux grands ouverts, dans un monde surréaliste.

L’univers visuel est minimaliste : une douzaine de panneaux noirs constituent le décor et modulent l’espace tout au long du voyage. On y suit deux personnages, semblables en tous points dans leurs costumes gris, deux monsieur tout le monde bien affairés à de mystérieuses occupations. Rythmés par le tic-tac incessant d’une horloge, ils traversent l’espace l’un après l’autre, dans un ballet ininterrompu, une mallette sous le bras. Puis, dans cette ambiance bien cadrée survient le glissement de sens, qui s’immisce dans notre champ visuel comme un élément perturbateur mais qui deviendra le leitmotive du spectacle.

PNG - 203.5 ko

Les objets qui apparaîtront sur scène se comptent sur les doigts de la main : à la mallette s’ajoutent bientôt une chaise, une vieille radio, un grand parapluie ou une lampe que les artistes s’amusent à détourner pour mieux nous étonner. Ainsi le parapluie se changera en parabole pour la radio qui grésille, et le bruit de grêle qu’émet cette dernière entraînera ensuite un orage. Pour s’en protéger une lampe fera l’affaire, car, tenue comme un parapluie, elle en devient un ; et inversement, le parapluie fera un très bon abat-jour.

Les cinquante minutes de spectacle resteront du même ordre : un rythme qui structure l’action, deux personnages muets et ces objets par lesquels tout bascule au delà de la réalité, utilisés non pas pour leur fonction mais pour ce qu’ils évoquent dans l’imaginaire collectif.

Au-delà du détournement, la magie est bien présente : habiles manipulations, discrètes distractions de l’attention, la discipline est là exercée comme un grand art, et le spectateur va de surprise en surprise. Et rapidement, on arrête de chercher le fameux “truc”, d’une part parce qu’on sait qu’on ne le trouvera pas, mais aussi parce qu’on se laisse porter par la poésie du spectacle qui prend le dessus sur les effets magiques créés.

On rentrera chez nous avec en tête le souvenir des images absurdes et poétiques et cette idée que la magie, avec un peu d’imagination, peut rapidement survenir des objets de la maison.

Par Coralie Muckensturm pour l’Atelier des Initiatives