"La Maison", un labyrinthe envoûtant et déjanté

Gustavo Giacosa a travaillé pendant deux décennies avec Pippo del Bono, artiste majeur de la scène italienne, qui a notamment beaucoup mêlé danse et théâtre. Une patte que l’on retrouve dans son spectacle "La maison", ce 23 novembre au Lieu unique.

La scène s’agite déjà tandis que nous entrons dans la salle : des ouvriers travaillent sur un chantier, matérialisé par une bétonneuse et des bâches en plastique transparent, assortis d’un peu de bazar manouvrier. Rien de nouveau dans cette présence des comédiens sur scène à l’arrivée des spectateurs : c’est désormais un classique. Néanmoins, le passage à la pièce proprement dite est habilement négocié : le dernier ouvrier coupe le courant avant de fermer la porte, laissant une seule lanterne sur scène. Une transition toute naturelle pour une pièce qui va s’avérer, elle, plutôt déjantée.

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Une narration en italien sous-titrée entraîne la pièce sur un versant poétique et intimiste, évoquant les rêves et les ambitions, l’intensité d’une histoire d’amour, le fait de trouver son chez-soi… tandis que, sur scène, c’est le plus souvent le burlesque et la pantomime qui dominent. L’histoire reste assez floue et la ligne narrative est difficile à suivre : un couple visite la maison, ils semblent fous amoureux. Ils s’étendent sur un matelas pour un petit moment intime… mais l’homme est emmené par de sinistres sbires portant tous le même masque, figures grotesques et inquiétantes.

La femme, recouverte d’un membrane de plastique agitée par une soufflerie, semble enfermée dans une bulle de rêve - ou plutôt de cauchemar. Une belle image parmi beaucoup d’autres, dans un spectacle à forte dimension visuelle : la femme va poursuivre ses propres rêveries, dans un univers inquiétant et surréaliste, mais aussi comique. Le registre tient en effet beaucoup de la pantomime : les personnages glapissent plus qu’ils ne parlent, les masques sont nombreux, de dieux orientaux grimaçants à la créature de Roswell, et la danse est essentielle.

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Souvent répétitive et mécanique, comme une danse de poupées désarticulées, elle s’envole parfois dans des solos et un duo final visuellement époustouflants, sur un air d’opéra. Soudain, le grotesque parfois un peu appuyé de "La maison" cède la place au sublime.

Un spectacle très riche et foisonnant de symboles et d’images, qui offre plusieurs niveaux de lecture, sans jamais se prendre trop au sérieux. Une belle découverte !

Chloé A.