La Mal Coiffée au Nouveau Pavillon

Pour ouvrir cette saison le nouveau pavillon a convié un de ses coups de cœur. La Mal Coiffée revient à Bouguenais avec un quatrième album : l’Embelinaire. C’est parti pour un voyage dans le chant populaire languedocien !

Bien installée dans mon fauteuil sur la droite de la scène, je commence à m’imprégner de la salle et de l’ambiance. Des voies claires s’élèvent des haut-parleurs et chantent déjà le sud ensoleillé, le ton est donné. J’observe la scène où les instruments sont prêts, j’en reconnais certains : une tambourine, un tambour, et d’autres qui me paraissent bien mystérieux. De petites bouteilles d’eau sont aussi installées à disposition. Tout le reste est noir, le sol, les murs, le plafond, les sièges, les portes, de sorte que les lumières mettent en valeurs ces instruments. Ils sont là posés, dans l’attente de prendre vie, de libérer des sons. Et moi aussi j’attends, les derniers retardataires se pressent, puis enfin les lumières dans les gradins s’éteignent et les haut-parleurs se taisent. Un monsieur introduit le concert. Je vois alors apparaître cinq femmes. Toutes de noir vêtues. Elles sont en robes sauf la plus grande qui a un pantalon et de magnifiques boots rouges. Trois d’entre elles sont pieds nus. On y est, la vie va prendre sur cette scène.

Les voies claires envahissent toute la salle de cette langue occitane si chantante. Dès la première chanson je me sens submergée de poésie, de soleil et de joie. Chaque chant est un envoutement qui me transporte là-bas, dans le sud au pays des cigales. Et quand les notes des instruments se mêlent à leurs voix une énergie encore plus puissante se dégage. Leurs corps sont habités, enivrés par la musique, elles dansent au rythme de leur accord, et cette énergie se communique. J’ai envie de me lever de les rejoindre, de danser et de chanter avec elles. Elles partagent énormément avec leurs spectateurs, leurs regards sont profonds, ou perdus dans le lointain de leur pays ensoleillé. Elles chantent en canon, et toutes ces notes résonnent et font échos dans la salle, et pénètrent les cœurs. Elles paraissent à la fois très proches de nous et à la fois inaccessibles. La barrière de la langue nous susurre à l’oreille des histoires pleines de poésie qui nous envahissent sans nous révéler leurs secrets. La cohésion entre elles est magique et éblouissante. Mais voilà qu’Hélène s’adresse à nous. Elle nous présente les auteurs de ces poèmes et le compositeur qui les a mis en musique. Un peu plus tard une autre chanteuse nous raconte une jolie fable, et c’est ainsi que lorsqu’elles la mettent en musique, je me suis surprise à essayer de capter les mots occitans et à penser en saisir la signification. A travers ces apartés, j’avais l’impression qu’elles nous ouvraient petit à petit leur univers.

Il est bien dommage pourtant que l’assemblée n’ait pas été plus réceptive, je me suis sentie un peu coincée dans mon siège, j’aurais préférée être debout, pour pouvoir laisser libre cours à cette vibration qui ne demandait qu’à faire danser mon corps. J’avais l’impression parfois qu’elles n’attendaient que ça, qu’elles voulaient nous enivrer, nous transporter hors de nos sièges. Il m’a semblé qu’elles étaient un peu déçues. Je l’ai été en tous cas par cet aspect-là. C’est fou comme l’effet de groupe est puissant. Il y eut quelques timides mains qui se sont mis à rythmer leur cadence sur les derniers morceaux. Mais rien de plus. Quoiqu’il en soit, la pulsation et la sensualité de leur poésie chantée m’est resté longtemps à l’esprit ce soir-là.

Florence.