La poésie s’empare de l’ONYX

Ce vendredi soir, je me rends dans le fameux cube noir de Saint-Herblain, à l’Onyx afin d’assister à un spectacle de la Compagnie Carpe Diem, métanOïa, conçu et interprété par Marie-Anne Michel, elle-même accompagnée par Eric Brochard à la contrebasse.

La première impression n’est pas toujours la bonne
Arrivée dans la salle, la scène est plongée dans le noir mais laisse déjà apparaître plusieurs éléments de décors qui semblent appartenir à un monde féérique. Tout d’abord la contrebasse au fond de la scène, le fameux mât chinois, une sphère lumineuse et enfin un amas de bois flotté. Une fois la salle plongée dans l’obscurité, les branches se mettent à bouger de façon presque imperceptible au départ. J’ai encore du mal à savoir s’il s’agit d’un homme ou d’une femme dissimulé sous ce tas de bois. Le spectacle démarre très doucement, trop doucement à mon goût, et très vite je crains de me retrouver face à une nouvelle création contemporaine dont je ne comprendrais pas le sens. Pour le moment, je ne parviens à apprécier que le son, pourtant angoissant, s’échappant de la contrebasse d’Eric Brochard.

Les premières minutes passent sans qu’il ne se passe grand-chose, le corps dans les branches se révèle peu à peu. C’est une femme vêtue de frusques qui semble mener un combat contre ce bois, sorte de poids mort dont elle peine à s’extirper. J’éprouve beaucoup de difficultés à rentrer dans le spectacle même si j’apprécie tout de même une partie de la chorégraphie savamment exécutée. Enfin, cette femme entreprend l’ascension du mât chinois. Peu à peu je cesse de me focaliser sur la signification de ses gestes et rentre enfin dans la représentation.

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© Bastien Capela

Lâcher-prise
Métanoïa signifie « au-delà de nous », au-delà de notre intellect. Et c’est ce qu’il fallait faire je pense pour pouvoir s’immerger dans ce qui se déroule devant nos yeux. Lâcher prise véritablement et se laisser porter. L’artiste chemine entre terre et ciel. Elle apparaît comme captive, du bois d’abord, mais c’est beaucoup plus que ça. Ses hésitations, ses doutes semblent l’empêcher d’avancer. Progressivement, elle parvient à s’échapper de cette entrave, à repousser ses limites, en gravissant le mât vertical. Ses mouvements, au départ très lourds, semblent s’alléger au fur et à mesure de l’ascension.

Puis vient le moment où je suis totalement happée par l’interprétation de Marie-Anne Michel. Un des morceaux de bois flotté s’est élevé, se présentant désormais à la verticale. Tel un oiseau, Marie-Anne se hisse sur cette branche et entame un véritable ballet avec elle, tantôt sur terre, tantôt en apesanteur. Elle semble libérer de ses contraintes et être désormais en parfaite adéquation avec son corps, son être et les éléments. Comme par magie, l’eau intervient sur scène, comme un nouveau personnage de ce ballet. L’artiste, en totale communion avec le bois et ses mouvements, semble marcher sur l’eau. L’enchantement opère complètement. Après avoir finalement maîtrisé les éléments, avoir dépassé ses doutes et ses hésitations, la femme, désormais en paix avec elle-même et son environnement, quitte la scène. Point final de cette soirée.

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© Ian Granjean

Un spectacle poétique et prenant
Les premières minutes de la représentation ont été difficiles pour moi, étant plutôt mal à l’aise avec les créations contemporaines. Après l’incompréhension du départ, je suis finalement entrée, presque malgré moi, dans l’univers de ces artistes et me suis laissée aller à la rêverie. Déjà très présent avec sa contrebasse, Eric Brochard a ensuite fait entendre sa voix, émettant de simples sons alternant entre le guttural et l’aigu, selon la situation du moment. Proches des sonorités des chants traditionnels, ils ont parfaitement accompagné l’ensemble des mouvements de Marie-Anne donnant un supplément de relief et d’intensité au spectacle. C’est un monde bien à eux que nous ont présenté ce soir les deux artistes, un monde poétique et philosophique qui nous questionne sur nos cheminements intérieurs.

Clémence