La rencontre improbable entre danse et football

Dans le cadre de Nijinskid, festival dédié à la danse et au jeune public organisé par Onyx, le chorégraphe Pierre Rigal présentait le spectacle de sa compagnie Dernière Minute intitulé Arrêts de jeu.

A la croisée de la danse et du football

Prenant comme point de départ le match de la finale de la Coupe du Monde de 1982 qui voyait s’affronter la France et la RFA, Pierre Rigal et son acolyte Aurélien Bory revisitent cette rencontre apparemment mythique lors de laquelle la France a essuyé une défaite cuisante.
D’après la note d’intention, Pierre Rigal souhaite évoquer avec ce spectacle ses souvenirs d’enfance ainsi que la déception que tout un chacun a pu ressentir ce jour-là, reliant ainsi cette défaite collective au ressenti intime.
Sur le plateau, c’est un étrange ballet où danse et football se mêlent, où les mouvements des footballeurs sont savamment chorégraphiés, explorés et parfois exagérés. Si le point de départ est bel et bien l’univers du ballon rond, on s’en éloigne peu à peu pour atterrir sur le terrain de l’acrobatie, voire du mime qui est également au cœur du spectacle. Car les footballeurs sont parfois de véritables comédiens et font preuves d’une grande inventivité en matière d’expressions du visage et autres mimes absurdes. Le chorégraphe retravaille cet aspect en lui donnant une dimension théâtro-comique qui a beaucoup fait rire dans la salle (notamment les enfants dont le rire est communicatif !).

Une œuvre totale

Le travail sur le son est remarquable : le bruit strident des chaussures sur le tapis de danse est amplifié et n’est pas sans rappeler le crissement des baskets sur le parquet des gymnases. Car le danseur est avant tout un athlète. Ce spectacle nous le rappelle grâce à la performance physique mais aussi esthétique.
En effet, si Pierre Rigal est un chorégraphe, c’est aussi un artiste curieux et qui a pour envie d’explorer les différents champs artistiques. C’est le cas ici pour cette œuvre totale où l’art chorégraphique se mêle à un travail plastique : on traverse les champs de la vidéo, flirtant parfois avec l’art numérique.

De la défaite collective à la déception intime

Si j’ai aimé le parallèle avec le football, l’argument autour de cette fameuse finale de Coupe du Monde m’a moins parlé. La thématique est présente comme un fil rouge tout au long de la pièce et cet évènement se pose comme point de départ de la pièce, évoquant alors les souvenirs que cela évoque pour tout un chacun. Or, je n’ai pas retrouvé cette dimension dans le spectacle : qu’est-ce que cet évènement a encore à nous dire aujourd’hui ? La déception qui semble avoir gagné le peuple français ce jour-là est, selon moi, difficilement perceptible dans le spectacle.
Néanmoins, les petits écrans de télévisions où sont diffusés des extraits du match rappellent que cette expérience collective était aussi un moment vécu par les citoyens face au petit écran. Et ce ballet d’écrans lumineux dans une salle plongée dans le noir total est un moment fort du spectacle.

N’étant moi-même pas une grande adepte du foot, j’ai passé un très bon moment face à une œuvre d’une grande richesse esthétique et pourtant accessible à tous, permettant ainsi de fédérer le public du football avec celui de la danse.

Anaïs C.