La résilience par l’art

Le terme résilience provient du verbe latin resilio, qui signifie "sauter en arrière". Utiliser à l’origine en métallurgie pour désigner la capacité des matériaux à retrouver leur état initial suite à un choc ou une pression, il a ensuite été étendu aux individus. Dans ce contexte, la résilience est la capacité à rebondir après une épreuve traumatisante. C’est en 1955 que ce terme est utilisé pour la première fois par la psychologue pour enfants, Emmy Werner.

Ce concept de résilience met en lumière les formidables capacités d’adaptation de l’être humain. Face aux traumatismes, certains s’en tirent mieux que d’autres. Alors que les épreuves qu’ils ont traversées auraient logiquement dû les terrasser, ils trouvent la force en eux de transformer ce traumatisme, cette colère en quelque chose de positif. C’est le cas d’Andréa Bescond, abusée sexuellement lorsqu’elle était enfant. Elle a puisé, en elle, la force de transformer cette horreur en beauté, en devenant une artiste de talent, à la fois comédienne, écrivaine, danseuse et metteuse en scène.

Seule sur scène pendant 1h30, elle nous emporte dans sa poignante histoire de vie en arrivant à nous faire rire malgré la tragédie et l’horreur de la situation. Sa propre vie, victime d’un pédophile, est le sujet de la pièce qui se nomme « Les Chatouilles » : le mot utilisé par son agresseur.

Andréa incarne le personnage d’Odette, une jeune femme qui raconte à sa psychanalyste son histoire de vie. Elle incarne la petite fille touchante et innocente qu’elle était, puis l’adolescente torturée et enfin la femme qu’elle est devenue. Elle joue également le rôle de toutes les personnes l’ayant marquée au cours de sa vie : son agresseur bien évidemment qui était un ami de ses parents, sa mère, ses profs de danse, ses amis,… Un de mes personnages préféré est sa professeure de danse d’enfance. Une femme qui semble avoir joué un rôle important dans sa vie et

pour qui elle semble avoir beaucoup d’affection. Cette femme de forte corpulence, un peu brut de décoffrage, au fort accent toulousain qui ponctue ses phrases de « boudu », est celle qui a identifié son talent de danseuse. Elle a suggéré à sa mère de l’inscrire au conservatoire et a ainsi contribué à l’éloigner un peu de Gilbert son agresseur.

La danse a été certainement le premier pas de son long chemin de résilience. Un moyen de se réapproprier son corps, d’exulter, d’exprimer physiquement ce qu’elle n’arrivait pas à exprimer oralement. Justement au cours de ces 1h30 - qui passent en un clin d’œil tellement Andréa nous emporte dans son histoire - lorsque les mots sont trop durs où ne suffisent pas à exprimer l’état d’Odette, la danse prend le pas. Ces moments dansés, qui peuvent prendre la forme de spasmes reflétant le mal-être, la douleur de la petite fille ou de la femme, ne laissent pas indifférents. En regardant Odette et l’histoire de sa vie, on passe par tous les sentiments possibles : le choc, le dégoût, la tendresse, la tristesse, le rire, l’admiration, … Une vraie leçon de vie, de courage et de résilience.

Au terme de longs efforts, Andrea semble avoir repris le dessus sur son histoire. Indéniablement elle a su rebondir suite à ce traumatisme qui a dirigé sa vie. Est-elle réellement rétablie ? A-t-elle retrouvée son état initial suite à ce choc ? Fait-elle des cauchemars la nuit ? Je suppose que le fait de rejouer encore et encore sa vie et mener ce combat contre la pédophilie doit être un réel exutoire pour elle. Une belle leçon de vie. A l’issue de la représentation on sort la gorge nouée mais pas du tout abattu. Au contraire, il y a un réel optimisme dans ce récit.

Cette représentation militante est encore une fois poignante et traite d’un sujet lourd qu’Andréa Bescond aborde avec brio. Elle est vraiment admirable. J’ai apprécié également à l’issue de sa performance son discours militant contre la pédophilie. Elle nous présente ici un art engagé. Nous en sortons bouleversés et enrichis.

Caroline