La symphonie : venez savourer votre petite madeleine sonore

Ce soir, Mesdames et Messieurs, j’ai l’honneur de vous annoncer le Menu de la Cité des Congrès, salle 2000. C’est tout de même sacrément délicieux, la nuit tombée, les quais au sud de la gare éclairés par la Cité.

JPEG - 145.3 ko

LE MENU "LA FLUTE ENCHANTEE"

ENTREE
Orchestre National des Pays de la Loire - direction : Julien Leroy

PLAT
P. Dusapin : galim "requies plena oblectationis", pour flûte solo et orchestre à cordes 1998 ; 9’
Wolfgang Amadeus Mozart : concerto pour flûte et orchestre n° 2 en ré majeur k 314

DESSERT
Ludwig van Beethoven : symphonie n° 1 en ut majeur op 21

DIGESTIF
Magali Mosnier à la flûte

Aller à un concert de musique symphonique, c’est venir savourer un langage méconnu et savoureux à la fois. Comme un voyage à l’étranger, c’est une invitation à la curiosité.

PARCE QUE IL Y A

…les codes qu’on ne connait pas. Il paraît qu’il ne faut pas applaudir entre les parties de la symphonie (en quatre parties) ou du concerto (en trois mouvements). En effet, le silence fait partie de la partition (la petite digestion en attendant la suite). Cela se savoure autant que l’instrumental des 20 musiciens (30 ? 100 si tu fermes les yeux) sur scène . L’un d’eux a confié en coulisses que c’était avec un sourire amusé qu’il entendait les spectateurs novices, applaudir à ces moments silencieux…Il parait que le chef d’orchestre ne fait pas des grands gestes un peu chelou pour rien : Main droite pour le rythme, main gauche pour « l’émotion ». Si vous observez bien, vous verrez quelques gestes universels pour « pincer » les cordes, « monter » l’intensité, ou pour le temps de départ des violons…Il parait que c’est un vrai marathon pour les musiciens : observez leur position. Tentez de tenir 5 min. EASY Mais 30 minutes voire parfois 6 heures selon les partitions, c’est sportif. Ce qui est sur, c’est que cela peut vous rappeler vos souvenirs d’enfance comme les dessins animées Tom et Jerry, quand la musique était encore langage…un délice de petite madeleine sonore.

…Il y a les instruments qu’on ne connait pas. Il paraît que pour préparer un concert comme celui là (1h15), les musiciens ont deux jours pour répéter ensemble. Pas le temps de mijoter. Cela suppose beaucoup de travail personnel pour s’accorder ensemble durant ce sprint final avant la représentation. Et si vous êtes malade le jour J ? Vous êtes irremplaçable. La perfection exigée sur le son, la technique, la musicalité rend chaque musicien singulier. Regardez bien au fond, le monsieur avec le gros tambour (la timballe). Il a 4 pairs de baguettes : une paire = un son. Observez la façon dont il les tient : croisées …pour éviter le bruit si elles s’entrechoquent… Observez la posture des violoncelles : ni debout ni assis. C’est obligatoire pour jouer dans les meilleures conditions…Ce qui est sur, c’est qu’avec Mozart (Momo pour les intimes) on peut songer à ces musiques de chasse à cour à l’époque de la noblesse (ou à Match point si vous aimez les anachronismes, c’est une question de laisser aller). C’est aussi Interstellar ou l’Odyssée de l’espace : ca donne des envies d’infini et d’au-delà...

…Il y a les rumeurs que l’on n’imagine pas. Il paraît que les musiciens de la scène entendent chaque soupir, toussotement, chuchotement du public. CHICHE ON LEUR SUSSURERAIT UNE DEDICACES DEPUIS LE DEUXIEME BALCON…Il paraît qu’on te voit insolent ! Même tout là haut ! Même si c’est une salle de 2000 personnes. Avec Beethoven, c’est toute l’atmosphère de Fantasia qui apparait et les réminiscences des cassettes VHS qui faisaient du bruit quand on les rembobinait… On applaudit, on applaudit pas. Un raté ! Un novice ! On attend 1 2 3 4 5 secondes pour une éternité silencieuse. Ce silence là est exquis… Puis c’est deux mille personnes qui applaudissent. C’est d’une force ! C’est impressionnant ! La musique symphonique c’est une invitation à la rêverie… quoiqu’on connaisse ou pas ces usages. A déguster sans complexe.

THE Question : Comment fait un musicien qui a une mèche de cheveux qui se coince dans ses lunettes et qui lui chatouille le nez fait-il pour l’enlever alors qu’il est en train de jouer ?

Mathilde Chevalier