La « théorie-du-genre » passe au shaker au Piano’cktail

« Le mot s’accorde en genre et en nombre avec le sujet ». Tout écolier connaît cette règle de grammaire élémentaire. Pour autant LA chaise est-elle une femme et LE micro un homme ? Pendant deux heures passionnantes, assis sur sa chaise et parlant posément dans son micro, Eric Fassin a déconstruit pour un public captivé les discours et les approximations autour de la « Théorie du genre ».

Lorsque je suis arrivée dans la salle du Piano’cktail pour la conférence "Le genre est-il contre nature ?", j’ai été surprise de voir autant de monde dans la salle. Plus de 200 personnes pour une conférence de philo payante, à Bouguenais, un lundi soir, c’est une belle performance.
Sur la scène deux tables, deux chaises, deux micros. On croirait presque que c’est une pièce de théâtre qui va commencer dans quelques minutes.

Pendant une heure, c’était un véritable spectacle auquel nous avons assisté. Mais un one-man-show intelligent et pédagogique. Sur un sujet aussi polémique que «  Le genre est-il contre-nature ? », il est agréable d’avoir enfin un discours posé, qui ne soit pas interrompu par des mimiques outrées et des effets de manches d’opposants.

Dès l’introduction, Jean-Jacques Lester, journaliste qui anime les lundis philo, donne le ton : « Un homme c’est un homme et une femme c’est une femme (…) Ce zizi doit servir à diriger le monde, tandis que la place des femmes est derrière les fourneaux. D’ailleurs qu’est-ce que vous faites ici mesdames ? »
Le public rit, et il n’a pas fini.

Point par point le sociologue remet en perspective les écrits, les « affaires » et autres mobilisations qui ont abouti à la médiatisation que l’on connaît aujourd’hui.
Il nous explique l’histoire de l’importation en France des études de genre, avec la peur de l’américanisation de la société française, nous raconte la création par le Vatican du concept de « Théorie-du-genre », nous rappelle les premières escarmouches autour de ce concept, lors de la fronde contre le film « le baiser de la lune » en 2010, puis contre le chapitre expliquant comment on devient homme ou femme dans les manuels de SVT de Terminale ES et L.

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Le baiser de Léon et Félix dans "Le baiser de la lune".
"c’est en voyant deux poisson-garçons s’aimer comme le soleil et la lune qu’une grand-mère apprit à regarder l’amour avec le cœur."

Après avoir retracé l’évolution et la diversité des théories des différents penseurs des études de genre, il conclut en nous expliquant que, si la manif pour tous a réduit les études de genre à la dimension sexuelle, elles sont, en fait, un outil pour étudier bien d’autres relations, en particulier les relations de pouvoir dans la société.

Lorsque vient le moment du débat, une question taraude tout le monde. Sommes-nous un public conquis ou des contestataires se sont-ils glissés parmi nous ?
S’ils étaient là, ils n’ont pas osé se manifester. Le débat est aussi calme et posé que le reste de la soirée.
Nous serions bien restés quelques heures de plus à discuter avec Eric Fassin, mais la soirée est déjà terminée.

Que les tenants de la manif pour tous se rassurent, nous avons trouvé un point d’entente. Nous sommes tous d’accord pour reconnaître, Eric Fassin en tête, qu’il n’y a « Pas d’ovule dans les testicules ». Comme quoi la philosophie peut permettre de trouver un terrain d’entente.

Mathilde H.

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Les prochains « Lundi Philo » du Pianocktail :

  • Lundi 26 janvier, 20h : Les enfants peuvent-ils lire autre chose que Martine ? avec Edwige Chirouter
  • Lundi 9 mars, 20h : aimer les gens ou aimer le genre ? avec Pascal Taranto
  • Lundi 4 mai, 20h : Le cerveau a-t-il un genre ? avec Catherine Vidal
  • Lundi 18 mai, 20h : Quel rapport entre les sexes ? avec Jean Allouch

Le livres d’Eric Fassin :

  • L’inversion de la question homosexuelle (Amsterdam, 2005)
  • Le sexe politique. Genre et sexualité au miroir transatlantique (EHESS, 2009)
  • Hommes, femmes : quelle différence ? avec Véronique Margron (Salvator, 2011)