La Vrille du chat, une aventure rebondissante au Grand T

Ce soir au Grand T, au milieu d’une nuée d’enfants, je suis impatiente de découvrir le premier spectacle d’une jeune troupe de circaciens français et américains réunis dans le collectif acrobatique Back Pocket. Tous ont un parcours étonnant, certains avec le Cirque du Soleil, d’autres avec Les 7 Doigts de la Main ou la Cie DCA Philippe Decouflé.

Cette première création, audacieuse et survoltée est un espace hybride, où la part belle est faite à la narration, la danse et l’acrobatie : les corps en sont les mots, la musique les phrases, et le décors la structure.

Le collectif joue et rejoue une scène, s’amuse avec elle, la retourne, la déforme, la rêve, la distend et la questionne pendant tout le spectacle. Le quotidien est le terreau de cette chimère : quelques boites en carton, un bureau, et une structure à géométrie variable ; puis la fantaisie et l’humour prennent le dessus. Chacun son tour les artistes dévoilent et dansent sous nos yeux leur univers personnel et leur vision de la scène qui vient d’avoir lieu.

L’énergie débordante des artistes nous transporte dans un monde aux propriétés étranges : un univers rebondissant, inversé, poétique et utopique. Tandis que les décors prennent vie, et que cette scène de bureau se rejoue sans fin sous nos yeux, les corps se délient et les acrobaties se succèdent avec un naturel déconcertant.
A tel point qu’à la fin du spectacle je suis étonnée de ne pas voir mes voisins bondir, glisser et faire des pirouettes en sortant de la salle …

On découvre le talent de chacun, du porté spectaculaire au contorsionnisme, des nombreuses chutes et culbutes, aux courses poursuites pleines de cascades incroyables, jusqu’à la marche du serpent ou la danse de l’amour… Les corps nous racontent une histoire, échevelée et poétique dans un univers musical qui donne le ton.

Une qualité technique irréprochable donc, une unité et une énergie qui nous font vibrer, des notes d’humour et une originalité pleine de fougue … mais l’idée de reprise multiple d’une scène sous différents angles n’est elle pas trop répétitive et en deçà de la qualité de l’ensemble ? La narration semble en effet d’autant plus pauvre qu’elle se frotte à cette foisonnante jeunesse, et à l’évidence elle manque de tripes et n’est pas à la hauteur du talent des artistes.