Le ballet des archers sur des vagues romantiques

Le 11 octobre je me rendais une nouvelle fois à la cité des congrès pour assister à un concert de l’ONPL. Je suis maintenant bien habitué à retrouver cette troupe et j’ai toujours l’excitation de découvrir ce qu’a concocté le chef d’orchestre Pascal ROPHÉ. Pour cette fois, j’ai eu l’agréable surprise de découvrir un ballet…

Le concert a commencé par l’ouverture de Léonore III de Beethoven pendant 15 minutes puis la symphonie n°5 de Gustave Mahler pendant 1h15 avec l’orchestre au complet. Le premier est l’ouverture de Fidélio, seul opéra de Beethoven et la symphonie de Mahler est une déclaration d’amour par les instruments. Ainsi, le lien est fait avec le thème romantique de l’orchestre cette année.

Très rapidement, je me suis senti emporté par la puissance de ces deux œuvres. Elles ont résonné dans mes fibres corporelles. Avec Beethoven, c’est presque une habitude compte tenu de la puissance de sa musique, avec Mahler il s’agit plus du jeu sur les différentes sections de l’orchestre et des variations entre les cordes, les vents et les percussions. Bref, j’ai été plongé dans un tourbillon pendant ce concert, mais un tourbillon très bien organisé.

Tout d’abord, il y a ce cadre, un peu guindé et cérémonieux ; la lumière or, les fauteuils rouges, les hommes et femmes en habits de soirée… Je m’attendais à retrouver notre orchestre avec les hommes en queue de pie mais que nenni. Il s’est rajeuni et a sorti le smoking avec la pochette assortie et la pince de cravate, of course ! A quand un petit swing des années 30 ? De toute évidence ça a détendu le 1er violon qui me paraît souvent très solennel et pour cette fois s’est présenté tout sourire devant le public.

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J’ai ensuite assisté au ballet de l’orchestre ; postures symétriques pour les violonistes, les altistes et les contrebassistes, mouvements synchronisés en rythme : archers en haut puis en bas, de droite à gauche, mouvements amples ou légers. Et puis, les vents répondaient : bout de la flûte en l’air, cors secoués, trompettes s’agitant… Seules la harpe et les percussionnistes semblaient rythmer ces vagues de mouvements de l’extérieur. Le bateau, fait d’or, de cuivre, de bois et de noir était secoué par ces allers-retours. Seul le capitaine au milieu semblait suivre tous les rythmes, entraîner la lame de fond, créer le mouvement de ses mains. Ils étaient tous « à la baguette ». C’était beau, cette unité dans la différence, les corps tendus à l’unisson, la passion vécue corporellement par ces « habités » que seuls les toussotements entre les mouvements venaient déranger.

C’est seulement après le final tonitruant que le public a pu renvoyer à l’orchestre un peu de son énergie, un peu des ondes sonores qui étaient venues s’écraser sur la salle, sur nos oreilles et dans nos cœurs. Quelques minutes d’applaudissement, plusieurs retours du chef d’orchestre, c’est bien peu pour remercier de l’émotion reçue, pour remercier la sueur qui perle sur chacun des visages après 1h30 de parfaite concentration et d’exaltation.

A la sortie, je me sentais sensiblement vide après l’expression d’autant d’émotions, et je n’imaginais que trop la profondeur de ce ressenti pour les musiciens, leur satisfaction et leur apaisement. Dans ces cas là, on ne peut que dire « merci » et à la prochaine…

Fabien