Le bleu de l’eau de vie

Voici ma rentrée « Blog des spectateurs ». Afin de recommencer en douceur, je ne résiste pas à l’idée de retourner au théâtre du Cyclope, lieu pratiqué la saison dernière pour des interventions avec l’Atelier des Initiatives.
Le bleu de l’eau de vie – Drame

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Le scotch, les femmes, deux copains, l’amour, le célibat ou pas… L’histoire raconte la relation ambigüe et conflictuelle entre deux hommes, amis depuis l’enfance. Nous pourrions les comparer au loup et au chien de la Fable : un loup alcoolique et un chien culpabilisant. Entre Pierre qui touche le fond de la dérive alcoolique et Alain qui a choisi de vivre, il y a des fantômes féminins…

J’ai toujours été très intéressé par la dérive humaine, peu importe sa forme. Connaître les raisons du passage où l’on peut partir à la dérive. C’est donc attentif que je me rends à cette pièce mise en scène par Christophe Lemoulant, écrite par Carlos Semprun Maura, et jouée par Thomas Debure et Samuel Découx.

La discussion

Dés le début, les deux personnages se mettent à discuter. Une discussion que l’on comprend amicale, assez rapidement, grâce aux taquineries. Les hommes se connaissent bien. Seulement du temps les séparent de leur dernière rencontre et de l’eau (mais pas que) à coulée sous les ponts. Face à deux parcours de vie, l’un inquiète plus que l’autre. Chose importante à souligner, les hommes ont une discussion sensée. L’un vient aux nouvelles sans aucune attente, l’autre décide de jouer la carte de la surprise.

Pourtant, une fois quelques banalités échangées, ils prennent un peu de recul et parlent de leurs relations communes. C’est alors que nous rentrons dans le vif du sujet, principalement l’alcoolisme de Pierre et la détérioration de sa vie sociale, même de sa vie tout court.

L’amitié

Nous savons tous qu’on écoute plus un ami que n’importe qui d’autres (mise à part le point de vue maternel pour ma part). C’est sur cette idée que l’échange se déroule, un bras tendu et ferme, contre un homme à terre, usé, tout deux séparés par un brouillard épais ou seul des silhouettes en ressortent. Invoqué l’amitié ne suffit pas, il faut creuser et se mettre face aux réalités.

Mais l’évasion alcoolique de Pierre acceptant son état de soumission n’apportera que des réponses de plus en plus évasives. Pathétisme du parcours d’un homme amoureux ayant connu la frustration de la rupture. Car quand la relation stoppe sans que l’amour ne suive, plusieurs possibilités, se raccrocher au gens qu’on aime ou partir en crachant au visage de beaucoup. La deuxième option est retenue par Pierre.

Le conflit

Pour donner de l’impact à ces propos, Alain passe avec plus de violence aux sujets conflictuels permettant de comprendre mieux le ou les problèmes afin d’y trouver une solution. Mais pendant l’échange, Pierre boit et, de ce fait, endosse son pire visage. S’en suit donc un déballage d’états d’âme.

La prestation est, comme toujours au Cyclope, plus qu’intéressante et je sors de cette pièce avec un goût de trop peu. Les derniers moments sont durs à vivre, et c’est pourquoi je ne pourrais conseiller cette pièce qu’à un public plus âgé.

Les deux rôles sont riches et le sujet abordé manipulé avec précision.

Julien.