Le bouquet de roses de Richard III

Le titre de la pièce (Roses) jouée au lieu unique fait référence à la guerre des deux roses qui a eu lieu en Angleterre entre 1455 et 1485. Cette guerre qui était en fait une série de guerres civiles, opposait la maison royale de Lancaster et la maison royale d’York sur les droits de succession. La guerre des deux roses ne prit fin qu’à la mort de Richard III.

Un peu d’histoire

Richard III (1452-1485) a été le roi d’Angleterre pendant 2 ans seulement, de 1483 jusqu’à sa mort. Il était le frère du Roi Edouard IV et à sa mort, Richard III accède au trône d’une manière fort douteuse. La couronne devait revenir au fils aîné d’Edouard IV, Edouard V mais Richard III le fait enfermer avec son frère, Richard de Shrewsbury, pas le frère de Richard III, le frère d’Edouard V, c’est-à-dire le deuxième fils d’Edouard IV, ou encore le neveu de Richard III. Heu... plus simplement Richard III fait enfermer ses deux neveux, histoire de leur voler la couronne. On dit qu’ils étaient enfermés dans la Tour de Londres et exécutés.

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Certains disent que Richard III a été un roi compétent et qu’il doit son image de tyran sanguinaire, d’assassin monstrueux à des historiens de la période Tudor et bien sûr à la pièce de Shakespeare, dans laquelle il tue également son frère, le Roi Edouard IV, et sa propre femme.
Apparemment il y a même des associations qui ont été créées dans le but de redorer le blason de Richard III quelque peu tâché du sang de sa famille.

Un peu de souvenirs

De mes quelques mois de licence d’Arts du spectacle je garde en mémoire la pièce Richard III que nous avions pour mission d’étudier et de jouer. Ce sont plutôt les émotions que la pièce transmet qui me sont restées en mémoire. Je me rappelle d’un personnage d’une cruauté sans limite, purement et simplement monstrueux, dépourvu de conscience et d’âme, avide de pouvoir. Le texte de Shakespeare est intense, il laisse transparaître la souffrance de la femme de Richard III qu’il s’est appliquée à briser tout comme chacune des personnes qui auraient pu être un obstacle à sa prise de pouvoir.
Nous avions également le devoir de visionner le film « Richard III » réalisé par Richard Loncraine en 1996 avec Kristin Scott Thomas, Ian McKellen, Robert Downey Junior, Annette Bening et d’autres.

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Ce film transpose la pièce dans les années 1930 pendant la guerre civile britannique et enlaidit Richard III au point d’en faire un bossu !
Bref, tout ça m’a laissé un souvenir intense et impérissable d’un Richard III cruel, monstrueux, sadique et tyrannique.

Roses (à prononcer avec votre plus bel accent so british) s’inspire de la pièce, je ne m’attends donc pas à retrouver le Richard III rencontré à la fac de Nanterre. Je me prépare tout de même à ressentir à nouveau cette vaine mais intense indignation provoquée par les actes et les paroles d’un personnage ignoble.

Un rosier sans épines

Le plateau est plutôt vide, une très grande table rectangulaire encombre le côté jardin et quelques éléments sont rangés (plantes, vêtements, caisses, spots) côté cour. Un énorme et lourd rideau gris cache le fond de la scène. Les personnages sont cachés dans le public et finissent par descendre tous ensemble sur la scène. Ils sont tous habillés avec des vêtements de couleur froide : bleu clair, gris, beige, blanc cassé, et dans un style démodé.

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Le texte a une place importante dans cette pièce et nous avons la joie d’entendre les comédiens déclamer des extraits en anglais. Ce parti pris met bel et bien le texte original en avant mais plus dans la forme que dans le fond. Cela reste un plaisir pour nos oreilles.
L’humour, pas franchement présent dans la pièce de Shakespeare ni dans le film « Richard III », fait son apparition dans Roses sous sa forme la plus absurde. Les personnages (notamment les domestiques de Richard III missionnés par ce dernier pour assassiner son neveu) sont ridicules et réellement drôles.

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La pièce m’a semblé manquer d’intensité et maintenant que j’écris je me rend compte que j’ai énormément de choses à dire ! L’humour oui, et les bestioles, ou plutôt les morceaux de bestioles empaillées qui symbolisent peut-être la monstruosité de Richard III tellement c’est moche les animaux empaillés.

Après la voix : le corps

Le texte, l’humour, la taxidermie, et la danse surtout, qui a une place privilégiée. Nous pouvons presque parler de tableaux et non pas de scènes. Le corps a la part belle, fabriquant avec la lumière de très belles images. Cette pièce est comme une métaphore de Richard III, elle met en corps le texte de Shakespeare. Ce corps remplace les mots, il devient la matière que les personnages triturent pour s’exprimer et exhiber leurs émotions.

Et le corps surtout, dans le sens où nous ne voyons pas des personnages distincts les uns des autres mais des personnages qui forment un et même corps, une même unité. Ils sont tous habillés pareil, ils jouent chacun leur tour Richard III, et ils viennent sur scène ensemble, dansent ensemble, crient ensemble, se déplacent ensemble. Ils s’amusent ensemble à jouer Roses. Nous sentons les comédiens sur la même longueur d’onde, il n’y en a pas un qui prend davantage de place, on sent qu’ils forment un corps parfaitement équilibré.

Deux jours après je lis enfin la feuille de salle sur laquelle sont notées les intentions de Nathalie Béasse, la metteuse en scène (metteur en scène !?) et là je lis : « J’avais envie d’approfondir la thématique du pouvoir, de la fratrie, de la famille et d’un groupe plus que d’une figure. » Défi réussi.

Noémie

Spéciale dédicace aux intermittents du spectacle qui continuent de se battre pour pouvoir vivre de leur art de manière décente.