Le cinéma au service d’un récit national vivant

J’affectionne le Festival des trois continents, sa programmation et son chaleureux café logé dans l’espace Cosmopolis. J’aime cette ambiance éphémère et cosmopolite. Cette année, je me suis laissée portée par la sélection qu’on me proposait.

La séance intitulée "De l’Afrique et du Portugal : Mémoires, destins et représentations" présentait le volet cinématographique du parcours artistique d’Antonio Olé, au service du pouvoir angolais dans la période post-74. Deux de ses courts-métrages étaient projetés au cinématographe, suivis d’un débat. J’aime rencontrer l’homme qui se cache derrière la caméra, et que l’expérience très personnelle d’un film devienne matière à échanger collectivement.

Le premier film, Carnaval da Vitoria, racontait le premier carnaval indépendant, à Luanda, dont est originaire Antonio Olé. De sa préparation jusqu’au grand jour du défilé, le réalisateur tentait de saisir cette énergie issue du peuple, que les colons portugais ont vainement tenté de s’approprier. Il s’appuyait sur les rythmes, la vitalité des formes et des couleurs.

Le second film, No Caminho das Estrelas, était une réponse à chaud à la mort du très regretté Agostinho Neto, en 1979. Cet homme de poésie, leader du MPLA durant la guerre civile, s’engagea après l’indépendance du pays pour devenir le premier président angolais. L’hommage prenait une forme poétique où les témoignages humains étaient secondés par des lectures plus poétiques sur des images de paysages : de l’eau courante, une jungle luxuriante, etc.

Malgré l’urgence et la formation sur le tas qu’imposait la commande de l’état, Antonio Olé réussit par des moyens sensibles, poétiques à retranscrire une émotion. Il s’affranchit de la contrainte et se nourrit pleinement de son sujet pour proposer un cinéma singulier et un récit national vivant. C’est d’ailleurs cette énergie du peuple qui fait pour lui la plus grande richesse de l’Angola.
Aujourd’hui, la préservation de cette mémoire nationale, aux pellicules parfois égarées, est un nouvel enjeu qui se pose au cinéma angolais.

Antonio Olé est un artiste contemporain complet et je suis tentée de vous conseiller d’aller voir ses autres réalisations sur la toile. J’ai beaucoup aimé ses peintures, installations architecturales également très picturales, colorées, pleines d’énergie.

Marion.