Le côté sombre des jeunes filles en fleur

Dans le cadre du festival Nijinskid à Onyx, la chorégraphe Maryse Delente propose sa version, entre classique et contemporain, du ballet de Théophile Gautier.

Sur une scène enfumée, une femme court, un peu affolée, transportant ses lourds jupons de mariée. L’atmosphère est sombre, inquiétante. En fond de scène, on distingue une statue de déesse, comme surgie d’anciennes légendes, et qui peu à peu s’anime. Le fantastique fait irruption sur la scène...

Le ballet revisité ce soir a en effet d’abord été écrit par Théophile Gautier, l’auteur de la Morte amoureuse, d’Émaux et camées, mais aussi du Roman de la momie. Lui-même a été doublement inspiré par une jeune danseuse italienne et par une légende d’un romantisme sulfureux : les Willis, ces jeunes filles mortes avant le jour de leurs noces. Revenantes inachevées, elles sont condamnées à danser pour l’éternité en entraînant jusqu’à la mort le malheureux qui croise leur chemin.

La musique reste donc classique, la danse un peu moins. Ainsi d’autres mariées entrent sur scène, avançant à croupetons, un peu comme des crabes... Les danseuses délaissent rapidement leurs habits de noces pour de longues robes qui déclinent la palette du rose thé à l’orange pâle, mais elles sont loin de constituer un innocent bouquet de jeunes filles en fleurs. Sans repos, elles tournent, virevoltent, disparaissent puis resurgissent, inlassablement, semblant presque se multiplier...

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Crédit photo : Christian Ganet

Car la pièce revue par Maryse Delente mêle la danse classique – pirouettes, mouvements élégants – et écriture contemporaine. La chorégraphe, d’abord issue du Ballet de Lyon et de la danse classique, s’est ensuite tournée vers un langage chorégraphique moderne. Ce ballet fluide et élégant, mais aussi drôle et parfois inquiétant, porte la trace de ce double patronage.

La pièce, construite comme une longue rêverie autour de ces figures fantastiques, ne raconte pas vraiment d’histoire. Pour nous parler de ces revenantes sans repos, elle nous montre le mouvement inlassable des danseuses, dans un enchaînement de tableaux rapides et parfois frénétiques. Le sujet, au final, c’est le désir désespéré de danser – un beau sujet pour les interprètes, qui l’investissent avec force et dynamisme.

L’ensemble est à la fois contemporain et curieusement hors d’âge, tissé de gestes classiques mais dégageant une énergie plutôt moderne. L’ensemble est agréable, élégant, mais peut-être un peu trop fluide, trop léger. Comme les fantômes qu’il met en scène, le spectacle s’agite et virevolte, sans vraiment se donner à nous. Nous reste la belle image de ces femmes-fées frénétiques...

Chloé Averty